NOMADOLOGIE 2 / Les cosaques

  • Anthony Le Cazals
NOMADOLOGIE 2 / Les cosaques

Le terme cosaque définit tout d'abord un combattant, un « errant », un « homme sans attache » avant de définir un peuple. On désigne ainsi les « gardes de convois », les « pillards des steppes ».Les Cosaques sont mentionnés pour la première fois dans le Codex Cumanicus, un dictionnaire couman, en persan et latin, dont la rédaction est estimée entre 1292 et 1295 ; sa plus ancienne copie connue est datée de 1303. ils sont mentionnés sous la forme « quzzaq », En russe, on dit kazak (казак) et, en ukrainien, kozak (козак).LA noter qu'il n'existe pas de parenté ethnique directe entre les Cosaques, les Kazakhs et les Khazars. Les premiers cosaques descendirent les rives de la Volga et puis s’installèrent sur les steppes qui entourent les rives du Don et du Dniepr. Les premùières communautés cosaques constitutées apparaissent au XVe siècle. Elles surveillent la forntières et repoussent d'éventuels envahisseurs. Elles sont rétribuées en nature ou en argent et dépendant souvent d'un suzerain, ce que l'on retrouvera dans la distinction en cosaque du Dniepr et cosaque du Don, qi se retrouve dsans le conflit de l'actuel Ukraine. Les cosaque du Don dépendent du prince de Moscovie et les Coasques du Dniepr de l. On retrouve un premier régiment officiel en 1578 dont la mission est de protéger les frontières polonaises des incursions ottomanes.

Comment ces cosaques stipendiés ont ensillé la Sibérie.

Soit que les règles sociales rebutent le cosaque, soit qu'il ait es raisons de fuir la justice, il a vocation à se placer en marge de la société. Cosaque errant, cosaque par définition sans terre, il vit de chasse et de pêche en courant la steppe les armes à la main, souvent loin au-delà des avant postes russes, non sans escarmouches avec les nomades tatars. Sang versé contre les Tatars, mais aussi sans mêlé avec eux. D'autant que ces derniers connaissent le même mode de vie : cavaliers indépendants et fugitifs, réfractaires à l'impôt et au servage (pour les cosaques), à l'esclavage (pour les Tatars). Cosaque et Kazakh - côté slave ou côté turc - sont d'ailleurs deux mots d'une origine commune qui désigne l'homme libre des steppes.
Guerriers, parce qu'on vit non seulement de pêche et de chasse mais aussi de brigandage, et les fréquentes échauffourées qui éclatent dans la steppe apportent accessoirement un revenu d'appoint en même temps qu'elles finissent par former une population aguerrie., bien armée, rompue à la vie martiale. Or, en ces années de guerres incessantes pour la Russie, cette réserve de main-d’œuvre militaire tente beaucoup les autorités russes qui vont essayer de la stipendier. On entrevoit ici un paradoxe historique qui marquera les premières décennies de la pénétration russe en Sibérie : ces cosaques par essence fugitifs et dissidents et insoumis à la loi, à l(impôt, au servage, ces cosaques auto-administrés qui élisent eux-mêmes leurs chefs - les atamans -, qui cultivent une éthique de la décision collective, qui se consultent " en cercle" avant d'agir, qui attaquent indifféremment les tribus tartares, les ambassades russes ou les vaisseaux anglais, ces mêmes cosaques se laissent acheter par l'état d'avec lequel ils prétendent divorcer. Une alliance efficace : les khanats de Kazan, de Crimée et d'Astrakhan tombent à cette époque grâce à la cosaquerie ; mais une alliance qui ne dure quel e temps de la solde car, une fois la campagne achevée, le cosaque-mercenaire(" cosaque de service " est l'expression d'usage) recouvre son indépendance de " cosaque libre ". Deuxième étage du même paradoxe, les cosaques se réservent le droit de garder leur propre commandement, leur propre hiérarchie militaire dont on a vu le caractère auto-administré, électif. Ce sera une circonstance décisive dans la conquête de la Sibérie. Certes, on lèvera l'impôt au nom du tsar et à son profit, on finira même par admettre l'autorité de ses représentants sur place (les " voîvodes "), mais sans que les cosaques sacrifient tout à fait à leur capacité historique d'initiative sociale, militaire et politique, quitte à se révolter, à entreprendre des campagnes non ordonnées, à se choisir des chefs sans l'aval des autorités.

Antoine Garcia et Yves Gauthier, L'exploration de la Sibérie

N'étant pas une éthnie à la base, ils ont une origine hétéroclite. Au XVe siècle des bandes s'identifiant comme tels apparaissent aux environs de Riazan, selon la légende en 1443 le Grand-Prince Ivan Fiodorovitch de la Principauté indépendante de Riazan conclut un accord avec des pillards tatars venus piller le pays. Ils s'installèrent pour la saison hivernal et louèrent leurs services pour combattre les armées tatares musulmanes venues du Khanat de Kazan. Les premiers cosaques sont des aventuriers, des pirates et des mercenaires qui descendaient la Volga et colonisaient les rives de ce fleuve russe et plus tard, progressivement, celles du Don et du Dniepr. Ensuite ce sont les rives de la Mer Noire qu'ils vont occuper et habiter. Toutefois, les premiers cosaques sont physiquement asiatiques (puisque mongols) mais qui se slavisèrent rapidement sous plusieurs raisons :


- Natalité supérieure des slaves au sein des cosaques
- Assimilation culturelle et linguistique aux slaves > slavisation
- Influence des états slaves et chrétiens, principalement la Russie et la Pologne.


Pour preuve, dès l'année 1468, un chef cosaque porte un nom à consonance slave : Ivan Rouno. En effet, ces cosaques originelles étaient entourés de Russes, d'Ukrainiens, de Biélorusses, de Lituaniens (ethnie balte, non-slave) et de Polonais et intégrerons même des éléments romands et occidentaux : par l'intermédiaire des colonies italiennes (principalement vénitiennes et ligures) installées sur les côtes de la Mer Noire et ensuite parmi les autres éléments incorporés à l'ensemble cosaque se trouveront les membres des hellènes provenant des colonies grecques de Crimée ainsi que des Tatars de Crimée et même des Gotiques de Crimée. Cet ensemble s'homogénéise graduellement à la faveur de la composante russe qui devient majoritaire par l'effet de la russification qui s'organise naturellement. Ce sont alors surtout des garde-frontières, des guides de la steppe, des protecteurs de marchands ou de diplomates mais aussi de vigoureux pillards attaquant tout village à leur portée. Ensuite le métissage ethnique et culturel va davantage s'intensifier, les groupes nomades vont accueillir les innombrables fugitifs des États les entourant : des parias, des pauvres, des rebelles, des esclaves, des germaniques, des slaves, des turciques, des caucasiens et même des iraniens mais l'immense majorité provient des états russes en cours d'unification. Au XV siècle, la société cosaque est décrite comme une confédération de communautés indépendantes formant souvent des armées locales entièrement indépendantes des États voisins.


Enfin, au XVIe siècle (entre 1520 et 1550) les sociétés cosaques ont fusionnés en deux grands ensembles organisés sur une base territoriale bien qu'il subsistait de plus petits groupes dispersés :


- Les Zaporogues (Cosaque ukrainiens ou Cosaques du Dniepr ), installés sur les rives inférieures du fleuve Dniepr, en Ukraine actuelle dont la capitale fortifiée était Zaporozhian Sich. Ils ont été officiellement reconnus comme État indépendant et souverain par un traité polonais en 1649.

- Les Cosaque du Don, installés sur les rives et dans la région du fleuve Don dans le Caucase, séparé de la Russie par l'État des Nogaïs, une ethnie à la langue turcique mais génétiquement turco-mongol, vassal du Califat ottoman. La capitale de leur État était initialement Razdory puis Cherkassk et enfin Novotcherkassk.   

 

Les Cosaques Zaporogues.

Portrait de 1786 représentant un cosaque zaporogue victorieux sur un tatar.

Portrait de 1786 représentant un cosaque zaporogue victorieux sur un tatar.

La première sitch ou camp retranché des cosaques se trouve sur une île, la Mala Khortytsia, en aval des rapides du Dniepr, d’où leur nom de zaporogue, za porohy, qui signifie « au-delà des rapides ». Les Zaporogues vivaient dans les plaines de l'Ukraine actuelle, ils sont devenu un groupe bien connu en raison de leurs interactions avec les États les entourant et furent au cœur du pouvoir de la région entre les XV et XVII siècles. Ils étaient généralement gouvernés et organisés par les boyards russes. Les membres de cette population étaient constitués de marchands, de paysans et de fuyards originaires de l'Union de Pologne-Lituanie, de la Moscovie, de la Moldavie et de la Roumanie.

Ils ont joué un rôle important dans la géopolitique européenne en participant à une série de conflits et en combattant avec l'Union de Pologne-Lituanie, la Russie et l'Empire ottoman. A la suite de l'insurrection de Khmelnitski au milieu du XVII siècle, la Zaporoguie a été brièvement un État indépendant plus tard nommé l'Hetmanat cosaque qui exista de 1649 à 1764. L'État reconnaissait la suzeraineté et par conséquence la protection du Tsar russe en place en 1667, le Tsar Alexeï Ier Mikhailovitch de la dynastie Romanov mais gouverné par les locaux.

Dans la seconde moitié du XVIII siècle, les autorités russes ont pris le territoire en mains et ont détruits de fond en comble la Zaporoguie en octroyant les terres aux grands propriétaires. Quelques cosaques ont fuis dans le delta de la région du Danube où ils ont formé le « Sich Danube « sous domination ottomane. Pour prévenir une tentative de défection des cosaques enfin soumis aux portes de son état, le gouvernement russe a restauré une forme de Zaporoguie en unissant la totalité des armées du pays et en les utilisant à ses fins.

La majorité des cosaques ayant fondé le Sich Danube ont d'abord fuis vers la région d'Azov en 1828 et ils ont plus tard rejoins les autres fuyards dans la région du Kouban. Les Cosaques du Kouban, contrairement à leurs congénères, ne s'identifiaient pas du tout comme Ukrainiens et s'autoproclamés « Rus'kye », ce qui peut être traduit à la fois par " Russes " et par " Rusyns ". En effet, les groupes de cette région ont été identifiés plutôt par la religion pratiquée que par la langue usitée bien qu'il se soient russifiés avec le temps.

Les Zaporogues, du temps de leur « indépendance « tolérée par les Romanov et la Pologne, ont gagné leur réputation grâce/à cause (selon le point de vue) de leurs raids contre l'Empire ottoman et ses vassaux et dans une bien moindre mesure leurs pillages contre leurs voisins proches. Tout cela fessant augmenté considérablement la tension le long de la frontière méridionale de l'Union de Pologne-Lituanie.

En 1539, le Sultan Soliman le Magnifique de la dynastie ottomane a conjuré le Grand-Prince Vassili III Ivanovitch de la dynastie des Rurikides d'empêcher les cosaques de continuer leurs agissements à l'encontre de son sultanat. Le russe lui répondit " Les Cosaques ne m'ont pas jurer allégeance et ils vivent comme il leur plaît tant qu'ils ne mettent pas le chaos dans mon domaine. " En 1549, le Tsar Ivan IV Vassiliévitch Rurikide dit le Terrible a reçu la même requête du souverain musulman : " Les Cosaques du Don ne sont pas affiliés à ceux des régions plus au nord et ne sont pas mes sujets. Ils vivent en guerre ou en paix sans mon consentement. "

Les grandes puissances chrétiennes de la région ont tenté d'exploiter le bellicisme cosaque afin de mettre en place leurs projets. Au XV siècle, la Pologne gagne en puissance et agrandit son territoire vers le sud, cette dernière considérait les Cosaques de Zaporoguie comme ses sujets et ces derniers ont souvent rejoins l'armée de l'Union jusqu'en 1699. A la fin du XVII siècle, les relations entre la Pologne-Lituanie et l'Empire des turcs ont été en phase de guerre froide particulièrement en raison des agressions cosaques. En effet, dès le milieu du XVI siècle, les Cosaques ont commencé une série d'invasions et de raids sur les territoires sous contrôle turc. Le gouvernement polonais n'avait pas la force nécessaire pour contrôler les Cosaques qui étaient soutenus par la Russie qui voyait, avec raisons, la Pologne comme son ennemi ancestral. En représailles, les Tatars vivant sous domination ottomane ont lancé des raids sur l'Union, surtout dans les territoires du sud-est. A leur tour, les pirates cosaques ont pillés les riches villes portuaires qui étaient le cœur économique de la Turquie. Entre 1615 et 1625, les Cosaques ont rasé toute la banlieue de Constantinople en forçant le Sultan à fuir son palais.

La Pologne et la Turquie n'ont eu d'autres choix que de se mettre à la table de négociation, d'un côté les Tatars étaient hors de contrôle, de l'autre c'étaient les Cosaques. Le gouvernement polonais a forcé les cosaques à brûler leur flotte mais l'ordre ne fut pas entièrement appliqué. En effet, pendant ce temps, l'Empire des Habsbourg a secrètement engagé des vandales cosaques et ont fait pression sur les frontières ottomanes. Une vraie xénophobie, s'est créée en raison des pertes au cours des raids entre les Cosaques et les Tatars.

Puis les Zaporogues ont vu leurs rangs miraculeusement augmenter avec l'arrivée de plus en plus massives de paysans fuyant le servage russe. Tandis que la Pologne tentait de ramener la Zaporoguie dans son giron et de faire de ses habitants ses paysans. Conséquence ? L'ancienne loyauté cosaque zaporogue envers l'Union s'est finalement érodée. Malgré les tentatives polonaises, les zaporogues refusèrent toujours avec plus de hargne les propositions polonaises d'union. C'est aussi le fait religieux qui a aidé à combattre l'impérialisme polonais en effet, la Pologne est un pays de tradition catholique là où l'immense majorité des cosaques sont de fois orthodoxe. Les tensions ont augmenté lorsque les orthodoxes de l'Union se sont vu supprimé le droit de pratiquer librement leur culte. Les cosaques sont alors devenus fortement anti-catholiques qui est devenue synonyme de l'anti-polonais.

 

 


Les Cosaques du Don.

Illustration de Fiodor Solntsev en 1821 d'un Cosaque du Don.

Illustration de Fiodor Solntsev en 1821 d'un Cosaque du Don.

La patrie des Cosaques russes s'étend de la moyenne Volga, de Riazan à Tula et s'étend vers le sud jusqu'au Dniepr via Pereyaslavl. Cette région a ainsi été colonisée par leur présence, permettant ainsi d'étendre la zone culturelle d'influence russe. Ils faisaient constamment la guerre aux armées tatars sur la frontière orientale, protégeant de même les diverses principautés russes non encore unifiées.

 

Beaucoup de Coumans, assimilés à la culture des Khazars fuirent la Grande-Principauté de Riazan après l'invasion mongole du XIII siècle ; ils étaient ethniquement assimilés aux russes avec leurs cheveux blonds ou clairs et leurs yeux verts. Les plus anciennes archives de Riazan mentionnent déjà des groupes cosaques au service du Grand-Prince dans la lutte armée contre les Tatars en 1444. A partir du XV siècle, lorsque le péril tatar est annihilé pour de bon, ils sont regroupés en communautés commerciales et militaires dans la steppe et commencent leur migration vers le Don.

 

Ils ont servi de gardes-frontières et de protecteurs des villes, des forts, des colonies et ont également représenter une partie intégrante mais spécifique de l'armée russe. Ainsi ils ont souvent combattus les Tatars de Crimée ou les Nogaïs pour le compte de la Russie. 
 
Parmi les armes les plus populaires utilisées par les cavaleries cosaques se trouvait le " shashka ", un type de sabre façonné par les cosaques particulièrement tranchant et léger au maniement ainsi que de longues lances.
 
Les Cosaques du Don de par leurs relations de plus en plus fidèles et leur russification ethnolinguistique et culturelle se sont fait informellement surnommer les " Cosaques russes " non sans raison puisqu'ils ont joué un rôle clé dans l'expansion de l'Empire russe en Sibérie, dans le Caucase et en Asie centrale, d'une période allant du XVI au XIX siècle.
 
Ils ont également servis de guides à la plupart des expéditions russes organisées par les géographes, militaires, commerçants ou explorateurs ... En 1648 le cosaque russe Semyon Dezhnyov a découvert le passage entre l'Amérique du Nord et l'Asie mais on pensait à l'époque que les deux ne formaient qu'un seul continent avec une immense mer intérieure. Les unités cosaques ont souvent joué un rôle crucial dans les guerres menées par la Russie aux XVII, XVIII et XIX siècles. 
 
Pendant l'invasion de la Russie par les troupes napoléoniennes, les cosaques étaient les soldats russes les plus redoutés par l'armée française. Napoléon lui-même a déclaré : " les cosaques sont les meilleures troupes légères entre toutes celles qui existent. Si je les avais dans mon armée, je voudrais faire le tour du monde avec eux. " Lors de l'occupation d'une partie du territoire russe par les Français, les cosaques ont participé à la résistance notamment en coupant les communications et en attaquant les lignes d'alimentation. Ces attaques, menées par les cosaques avec l'aide de la cavalerie légère russe ont été parmi les premiers développements des tactiques de guérilla. 

 

Les origines exactes des Cosaques du Don sont encore inconnues. Mais nous savons aujourd'hui qu'ils sont les descendants de tribus slaves, de Khazars, de Goths, d'Alains et peut-être même de Rugiens, et de Roxolans. La deuxième vague serait constituée des fuyards venus des environs de Novgorod et de la Grande-Principauté de Riazan du temps où le Tsarat de Moscovie les annexés sous Ivan IV. Tout cela se russifia sous l'influence de la natalité de la nouvelle vague et de l'influence grandissante des autorités russes. 

 

Sous les premiers Romanov.

 

Sous Ivan IV, les cosaques, alors autonomes, ont eu a défendre leur liberté et leurs traditions contre le gouvernement russe (le Tsar donc) dont la puissance était en pleine expansion. En effet, les Cosaques avaient tendance à agir de façon indépendante du pouvoir central ce qui a fini par faire augmenter les frictions entre les deux parties. L'ascension au trône de Mikhaïl Romanov en pleine période trouble a amené à la fondation d'un gouvernement central plus puissant qu'il ne l'était alors. Les autorités ont alors commencé à tenter d'assimiler les cosaques au sein de la culture russe et du système politique par l'octroi du statut d'élite et de l'application du service miliaire, créant ainsi les divisions internes des cosaques qui se battaient pour garder leurs traditions vivantes.

 


Les efforts de la dynastie pour prendre le contrôle des troupes cosaques fut long : le mode de vie nomade traditionnel des cosaques les aida dans leur lutte pour rester indépendants des Romanov. Il fallut deux siècles pour parvenir à unifier les cosaques au pays et le résultat fut fructueux : ils étaient devenus parmi les plus fidèles servants des Romanov et du pays, maîtres d'un nationalisme tout à fait virulent.

L'une des méthodes employée sous Mikhaïl Ier pour restaurer l'État et mettre fin aux troubles fut le retour du servage qui avait été anéanti suite au décès de Fédor Ier en 1594. De par cette raison, dès 1613 le mécontentement populaire a régulièrement augmenté au sein des populations. L'augmentation des impôts sous Alexeï Ier a divisé la population russe en catégories héréditaires, distinctes et fixes. En effet, la loi fondée par le second Romanov fessait que le métier du père devenait obligatoirement celui du fils dans une optique de clarté. Le nombre d'impôts et le poids de ceux ci n'a fait que creuser l'écart entre pauvres et riches à tel point que des serfs devinrent un fardeau pour leurs propriétaires. Ces derniers les ont donc chassés par milliers vers les terres cosaques. A cela s'est ajouté le développement militaire qui s'est fait sur le dos des paysans.

La guerre contre la Pologne et la Suède en 1662 a conduit à une crise financière et à l'éclatement d'émeutes à travers le pays. Les impôts, les conditions de vie difficiles et l'écart entre les classes sociales poussèrent d'innombrables paysans et serfs à prendre la fuite ; beaucoup d'entre eux rejoignirent les cosaques, sachant que ces derniers acceptaient les réfugiés.

L'afflux de ces réfugiés n'a jamais cessé, tous les jours il y en avait du moins sous le règne du Tsar Alexeï Ier surnommé le " Très paisible ", ce dernier a d'ailleurs subventionné les cosaques en nourriture, finances et fournitures militaires afin d'accomplir la tâche qui leur était dévolue : la défense des frontières. 

En faîte la fuite de toujours plus de paysans/serfs a fait qu'ils sont devenus si nombreux à vivre parmi les cosaques qu'ils n'ont pas su être assimilés par les cosaques et a fini par avoir lieu une fusion entre les populations.

Puisque les conditions ont empiré avec Alexeï sur le trône, les divisions internes aux cosaques ont refait surface. Les cosaques originaux se sont sédentarisés et sont devenus prospères, jouissant des privilèges qu'ils ont gagné en se soumettant et en aidant à l'expansion territoriale. Toujours les cosaques originaux sont les premiers a avoir renoncé aux traditions ancestrales pour jouir d'une vie d'élite. Les paysans devenus sans foi ni loi se sont fait appelés " Cosaques " alors qu'ils ne l'étaient pas et ont commencé à tenter de se venger de la noblesse. Ces pseudo-cosaques n'ont reçu aucune subvention du gouvernement.

Stenka Razine est issu d'une famille de l'élite cosaque et il fit de nombreuses visites diplomatiques à Moscou avant d'organiser sa rébellion. Les pseudo-cosaques étaient les principaux partisans de Razine et ils le suivirent lors de sa première campagne en Perse en 1667, de pillages en pillages dans les villes au bord de la Mer Caspienne. Ils sont vites revenus malade et affamés, fatigués de leur vie de " vraie cosaque " mais avaient ramenés avec eux toutes les richesses de leurs pillages en 1669. A Moscou, tout le soutien était maintenant offert aux " Anciens cosaques ", terme utilisé pour les différencier des " pseudo-cosaques ". L'ataman, le chef suprême des cosaques originaux, n'a toutefois pas donné suites aux attentes moscovites étant donné son lien de parenté avec Razine qui était son filleul. De plus ce dernier avait promis à son parrain qu'il lui offrirait une part des richesses issues des pillages. L'ataman fit donc répondre au Tsar que l'élite était impuissante contre la bande des rebelles. De plus cette élite ne voyait pas vraiment de menace sérieuse en la personne de Stenka Razine ni en celles de ses disciples.

 


En 1669, Razine et ses partisans ont commencé à établir leur domination sur plusieurs villes dont Tsaritsyn, Astrakhan, Saratov et Samara. Il y ont mis en œuvre une forme de " démocratie " et y ont libérés tous les paysans du servage. Le chef des rebelles envisageaient la création d'une " République cosaque unie " à travers toute la steppe du sud. Leur progression considérable a commencé à éveiller la peur des cosaques originaux qui ont décidé de se fondre davantage dans le pays et ont pour la première fois de l'histoire russe accepté la soumission face aux autorités centrales. En 1671, le 14 avril l'ataman Yakovlev a conduis ses troupes jusqu'aux camps rebelles qu'il fit détruire avant de capturer Razine et de l'emmener jusque Moscou.

 


Cette rébellion fut un sursaut des traditionalistes et marqua le début de la fin des pratiques traditionnelles cosaques. En août 1671 les émissaires de Moscou ont administré le serment d'allégeance et les Cosaques ont juré fidélité au Tsar, à la dynastie et au pays. Bien qu'ils gardaient leur autonomie interne, les cosaques sont devenus les sujets du Tsar. 

 


Sous l'Empire russe.

Représentation d'un combat entre cosaques et soldats français lors de la campagne en Russie de Napoléon.

Représentation d'un combat entre cosaques et soldats français lors de la campagne en Russie de Napoléon.

Pour l'élite cosaque, le statut de noble qu'ils ont fini par obtenir ne ce fit qu'au prix de la perte de leur liberté au XVIII siècle. L'avancement de la colonisation par l'étalement de l'agriculture a forcé les cosaques à renoncer à leur mode de vie nomade et à adopter la sédentarisation. Pierre le Grand se servit des cosaques dans toutes ses guerres d'une manière brillante, toutes les batailles auxquelles ils ont participé se sont soldées par des victoires. Pierre Ier a commencé à unifier les troupes cosaques et non-cosaques au sein de l'armée impériale russe.

 


Lorsque l'ataman de l'époque envoya une délégation à Pierre afin d'expliquer leurs griefs, l'Empereur a dépouillé ces cosaques de leur statut d'autonomie et les a subordonné à l'École de guerre plutôt que le Collège des affaires étrangères et a solidifié les patrouilles cosaques aux frontières. Au cours des cinquante prochaines années, le gouvernement central a répondu aux griefs cosaques par des arrestations, les flagellations (acte qui consiste à fouetter le corps humain avec un fouet) et par l'exil. Les cosaques non membre de l'élite ont alors eu la haine du pouvoir et une rébellion ouverte a éclaté en 1762 durant six mois.
 
Sous Catherine II dite aussi Catherine la Grande en 1762, des paysans russes et des cosaques ont a nouveau fait éclater leur colère devant l'augmentation des impôts, la conscription militaire jugée trop lourde et la pénurie de céréales qui avait aussi caractérisé la réussite de la rébellion de Razine.

Emelian Pougatchev, un faible chef des Cosaques du Don a soutenu Pierre III dans son accession au trône estimant qu'il serait un dirigeant efficace qui libérerait les serfs de l'Église et des propriétaires mais voilà, Pierre III a été assassiné suite à un complot orchestré par Catherine II.

La première des trois phases de la révolte de Pougatchev a commencé en septembre 1773. L'élite cosaque a été capturée par les rebelles. Après un siège de cinq mois à Orenbourg. Pougatchev s'est penché sur les projets de Razine et a commencé à envisager la création d'une sorte de Tsarat cosaque où le pouvoir serait partagé entre le Tsar et la nouvelle élite cosaque. La paysannerie à travers toute la Russie a fait surgir de nombreuses rumeurs et nombreux étaient ceux à écouter les manifestes émis par Pougatchev. Cependant les émeutes générées par cet homme sont vite devenues considérées comme un échec inévitable. Les Cosaques du Don ont refusé d'apporter leur soutien aux revendications parce qu'ils savaient pertinemment que l'immense majorité des troupes restaient fidèles et ne lâcheraient jamais le régime des Romanov.


Pourtant, l'opposition des cosaques à la centralisation continue du pouvoir politique les a amenés à participer aux révoltes de Pougatchev. Leur défaite a conduit la nouvelle élite nouvellement formée des cosaques à accepter sans contre partie les réformes du gouvernement dans l'espoir d'obtenir un statut de noblesse. Les cosaques " ordinaires " ont du, bon grès mal grès, suivre l'exemple et abandonner leur liberté et leurs traditions. 

Dès leur origine, les relations entre le tsarisme d'État et les cosaques ont été variées : parfois ils ont appuyé les opérations militaires russes et d'autres fois ils ont fomentés des révoltes contre le pouvoir central. Suite à l'un de ces soulèvements à la fin du XVIII siècle, les forces militaires russes ont rasé la Zaporoguie et dispersé ses habitants. Mais parmi les déplacés se trouvaient d'innombrables cosaques qui avaient choisi de rester fidèles au monarque russe et de continuer leur service, ils sont partis dans la région du Kouban. Les autres ont préférés garder un rôle de mercenaire et échapper à tout contrôle en partant vers le delta du Danube où, cependant, ils furent pris en tenailles entre les pays autrichien et turc.
 
Au XIX siècle, l'Empire russe a annexé les dernières terres peuplées par des groupes cosaques, l'annexion fut plutôt bien approuvée par les concernés en raison des privilèges qui s'offraient maintenant à eux. A cette époque, ils ont encore servi de forces militaires spéciales dans les nombreuses guerres menées par l'Empire de Russie.
 
Les cosaques ont été considérés par les tsars comme d'excellents soldats qui méritaient le respect. Il leur fut reconnus leur sens affiné pour le pistage, la reconnaissance et l'entreprise d'embuscades.
 
A la fin du XIX siècle, les communautés cosaques, à présent très bien assimilées, ont bénéficié d'une exonération fiscale privilégie octroyée par le Tsar et leur engagement de service militaire de 20 ans fut réduit à 18 ans. Ils étaient au service actif pendant cinq ans mais pouvait s'acquitter de leur obligation en restant avec les réservistes. Au balbutiement du XX siècle les cosaques russes comptabilisaient 4,5 millions de personnes.
 
Dans les années 1890 et 1900-1910 les cosaques étaient devenu le véritable bouclier et poing armé de la noblesse et des Tsars Alexandre III et Nicolas II : ils faisaient tout ce qui était en leur pouvoir pour maintenir le régime en place contre les mouvements contestataires et révolutionnaires qui grappillaient de la place. Y compris les pires exactions à l'encontre des minorités ethnolinguistiques et religieuses. Le souverain a récompensé ses plus fidèles servants par des récompenses verbales (louanges) mais aussi financières. De plus, ils étaient enfin reconnus comme une communauté à part entière dans le cadre de l'État russe. L'administration tsariste a fréquemment utilisé les unités cosaques pour supprimer les " troubles domestiques ", terme officiellement utilisé pour désigner les émeutes et autres révoltes et en particulier au cours de la Révolution russe de 1905. Ainsi le gouvernement impérial était devenu dépendant du soutien et de la fiabilité des cosaques quand ceux ci étaient enfin libres mais dans le cadre de l'Empire.
 
Dans la réforme du domaine militaire commencée et inachevée par Nicolas II, il eut été prévu de calquer la professionnalisation des armées sur le modèle des cosaques bien disciplinés et formés. Les qualités équestres des cosaques n'ont pas toujours été pleinement apprécie et en conséquence leurs unités étaient souvent divisées en petits détachements pour une utilisation en tant que scouts ou messagers.
 
Lors des dernières heures de la Révolution de février de 1917, les trois régiments cosaques stationnés à Saint-Pétersbourg se sont révélés indécis et peu sûr d'eux lorsqu'ils furent déployés au moment où la police fut débordée. Alors qu'il n'y avait que quelques centaines d'entre eux présents. Selon les spécialistes leur inaction, du moins à Petrograd, a été le fait d'un choc psychologique de voir s'effondrer le tsarisme sous leurs yeux en à peine trois jours : le Tsar lui-même avait renoncé sans se battre, il s'était rendu, alors à quoi bon continuer le combat ? 

 


La chute du tsarisme. 

 

La guerre civile a suivi d'une intervalle de seulement quelques jours le coup d'état qui amena Vladimir Ilitch Oulianov dit Lénine au pouvoir, ce coup de force politique est officiellement appelé la " Révolution d'octobre ", les cosaques dans leur immense majorité ont recherché à libérer le Tsar et le Tsarévitch et bientôt ils formaient le noyau dur de l'Armée blanche mais certains d'entre eux ont également soutenus ou combattu aux côtés de l'Armée rouge pour des raisons souvent personnelles et non collectives mais les cas de " cosaques rouges " sont restés excessivement rares. Certaines unités cosaques ont participé aux pogroms organisé à l'encontre des juifs et qui firent 400 000 victimes. Suite à la défaite de l'armée blanche en 1922, les communautés cosaques furent sévèrement touchées par la répression soviétique et commença ce que les soviets appelèrent la " Décosaquisation " c'était tout simplement l'extermination du plus grand nombre de cosaques possibles : on estime que sur les environ 4,5 millions de Cosaques un quart disparurent entre 1917 et 1924. De plus deux documents fournissent la preuve qu'en 1919, Lénine ordonna qu'on fusille 10 000 enfants et adolescents cosaques. A cela s'ajoute que des dizaines de milliers d'enfants, adolescents et jeunes adultes furent enlevés à leurs parents et envoyés travailler dans les camps ; peu y survécurent. En 1930, le gouvernement stalinien a lancé la " campagne de collectivisation " : les terres occupées par les groupes de cosaques constituaient parmi les plus fertiles de Russie ; on les priva de toute source d'alimentation et les survivants étaient dispersés avant d'être déportés dans les camps. Cette famine provoqua la mort de 1 million de cosaques.
 
En 1936, la " Décosaquisation " prit fin et entre 1917 et 1935 la moitié de tous les cosaques avaient péris, plus de 2 millions. Des survivants furent envoyés dans les zones industriels où ils furent stérilisés et quelques autres trouvèrent le salut en se réfugiant dans les montagnes du Caucase ou en émigrant.

Durant la seconde guerre mondiale, les cosaques ont été particulièrement divisés : d'un côté il y avait ceux qui rejoignaient l'armée rouge par instinct patriotique et de l'autre des dizaines de milliers ont rejoins l'armée nazie car les émissaires d'Hitler leur avait promis d'une part la liberté, la refondation de l'Empire et d'autre part l'éclaircissement du sort réservé à la famille de Nicolas II.
 
En 2013, le recensement démographique russe a déclaré avoir comptabilisait environ 700 000 cosaques vivant en Russie et les organisations annoncent quand à elle qu'environ 3 millions de personnes se réclament d'ascendance cosaque dans le monde.

NOMADOLOGIE 2 / Les cosaques

En plus des cosaques de l'Hetman ou Zaparogues, trois communautés sont de création essentiellement spontanée et endogène :

  • Les cosaques du Don, apparus en 1520
  • Les cosaques d’Oural, 1571
  • Les cosaques du Terek, 1577

L'art militaire cosaque est celui de la paysannerie, dont les cosaques sont issus pour l'essentiel, qui n'est pas très éloigné des chariots de combats hussites. N'ayant pas de bons chevaux à leur disposition et mauvais cavaliers à l'origine, les cosaques forment des convois de chariots qu'ils attachent entre eux lors de la bataille, formant un rempart en forme de triangle, infranchissable par les chevaux. Disposant quelquefois de longues piques sur lesquels s'empalaient les montures ennemies qui essayent de sauter, toujours d'armes à feu et parfois de petits canons, les Cosaques repoussèrent ainsi toutes les attaques des cavaliers tatars. Les communautés suivantes sont des groupes de garde-frontières créés par les tsars.

  • Les cosaques du Kouban (Descendants des Zaporogues), 1696
  • Les cosaques d’Orenbourg, 1744
  • Les cosaques d’Astrakhan, 1750
  • Les cosaques de Sibérie, 1760
  • Les cosaques de Transbaïkalie, 1851
  • Les cosaques du fleuve Amour, 1858
  • Les cosaques de Semiretchensk, 1867
  • Les cosaques de l’Oussouri, 1889

 

Bibliographie

 

Antoine Garcia et Yves Gauthier, L'exploration de la Sibérie, 2014.

Hugo Prat, Corto Maltese en Sibérie.

Yaroslav Lebedinsky, Les Armes cosaques et caucasiennes, Éditions du Portail, Paris, 1990.

Yaroslav Lebedinsky, Histoire des Cosaques, Terre Noire, Paris, 1995.

Yaroslav Lebedinsky, Les Nomades, Errance, Paris, 2003 (2ème édition, 2007).

Yaroslav Lebedinsky, Les Cosaques, Errance, Paris, 2004.

Yaroslav Lebedinsky, Ukraine, une histoire en questions, L'Harmattan, Paris, 2008.

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