IMPOSTURE 4 / La guerre humanitaire pour faire baisser le prix du pétrole

  • Anthony Le Cazals
IMPOSTURE 4 / La guerre humanitaire pour faire baisser le prix du pétrole

Voici l'éditorial de Zbigniew Brzezinski, ancien conseiller du Président Carter, pour le Financial Times qui dénonce les actions de Vladimir Poutine en Syrie comme pouvant « mettre en lumière l’impuissance politique américaine ». Dans le second article vous apprendrez que Barack Obama reproche aux Russes de s'en prendre aux « bons terroristes ». Est-ce par là le début de la fin de l'Empire américain qui comme les Soviétiques s'est enlisé en Afghanistan, comme le relève Arte, dans le 28 minutes du 5 octobre (ou ici). La logique impériale repose sur une monnaie de pacotille (monétarisme) et l'occupation militaire de pays ayant des ressources (néo-colonialisme) pour écouler cette monnaie et maintenir le prix bas ou privilégié des ressources. Tous ces faits évoquent l'impuissance américaine face à la situation et le discrédit (prévu de longue date dès 2002) qui va s'en suivre et que ne pourra combler l'imagerie d'Hollywood.

 

Nous savons tous comment la première guerre mondiale a commencé. L’accumulation d’actions violentes unilatérales a mis en branle des opérations militaires irréversibles qui manquaient d’orientations stratégiques globales et de clarté dans leurs objectifs. Nous connaissons la suite : un massacre long de quatre ans mené pour satisfaire des ambitions largement entérinée a posteriori par les puissances victorieuses.

Nous avons encore le temps d’en éviter une répétition douloureuse, cette fois-ci avec l’explosion du Moyen-Orient, de la Syrie précisément. J’ai soutenu la décision initiale de Barack Obama de ne pas utiliser la force dans la tragédie syrienne. L’usage de la puissance US pour chasser le Président Bachar Al-Assad du pouvoir – si fermement défendue par certains de nos alliés au Moyen-Orient – n’a aucun sens dans l’absence d’un authentique consensus au niveau domestique, que ce soit en Syrie, ou aux États-Unis. De plus, qu’on veuille bien l’accepter ou non, M. Assad n’a jamais été enclin à souscrire aux incitations américaines quant à son retrait, mais il n’a pas été intimidé non plus par les efforts américains pêle-mêle dans l’organisation d’une résistance démocratique efficace contre son régime.

Une avancée significative a été cependant réalisée depuis, à travers les négociations très difficiles avec l’Iran dans lesquelles, ensemble, les États-Unis et la Russie ont coopéré avec d’autres grandes puissances pour surmonter les obstacles. On pourrait donc penser, logiquement, que la prochaine phase dans la prise en main du problème syrien impliquerait des efforts renouvelés pour le résoudre, avec cette fois-ci l’aide de signataires aussi importants que la Chine et la Russie.

Mais au lieu de cela, Moscou a choisi d’intervenir militairement, sans la coopération politique ou tactique des États-Unis – principale puissance étrangère engagée dans des efforts directs, même si peu efficaces, pour le renversement de M. Assad. Ce faisant, la Russie aurait lancé des attaques aériennes contre des éléments syriens qui sont parrainés, entrainés et équipés par les américains, infligeant des dommages et causant de nombreuses pertes. Au mieux, cela représente l’incompétence militaire russe ; au pire, l’attestation d’une dangereuse volonté de mettre en lumière l’impuissance politique américaine.

Dans les deux cas, l’avenir de la région, et la crédibilité américaine au sein des pays du Moyen-Orient, sont en jeu. Dans cette évolution rapide des circonstances les États-Unis n’ont qu’une seule vraie option s’ils veulent protéger leurs intérêts plus larges : communiquer à Moscou la demande de cessation et de désistement des actions militaires qui affectent directement les atouts américains. La Russie a tous les droits de soutenir M. Assad si elle le souhaite – mais toute répétition de ce qui s’est produit devra susciter des représailles des américains.

La présence aérienne et navale russe en Syrie est vulnérable, isolée géographiquement de son territoire d’origine. Ils pourraient être « désarmés » s’ils persistaient dans leur provocation des États-Unis. Mais mieux encore, la Russie pourrait être convaincue d’agir de concert avec les États-Unis dans la recherche d’un arrangement plus large dans ce problème régional qui transcende les intérêts d’un seul État.

Si cela devait arriver, ne serait-ce qu’une collaboration politique et militaire restreinte sur le Moyen-Orient entre américains et russes, cela pourrait engendrer des développements géopolitiques positifs : l’engagement constructif de la part de la Chine dans le confinement des dangers relatifs à l’éclatement aggravé du Moyen-Orient. Pékin a des intérêts notoires dans la prévention d’un élargissement des conflits au Moyen-Orient. La Chine ne devrait pas seulement s’intéresser à la prévention d’une propagation de ce chaos mais elle devrait aussi chercher à accroitre son influence régionale.

La France et la Grande-Bretagne ne peuvent plus jouer de rôle décisif au Moyen-Orient. Les États-Unis ont déjà suffisamment de mal à jouer ce rôle seul. La région est elle-même divisée par des lignes religieuses, politiques, ethniques et territoriales, et glisse vers l’aggravation des violences. Ceci requiert une aide extérieure mais pas sous une nouvelle forme de domination néocoloniale. La puissance américaine, appliquée de manière décisive et intelligemment dans la quête d’une nouvelle formule pour la stabilité de la région, est nécessaire.

La Chine voudrait sans aucun doute demeurer à l’écart. Elle pourrait imaginer dans son calcul qu’elle serait en mesure d’être dans une meilleure position pour ramasser les morceaux. Mais le chaos régional pourrait rapidement se propager au Nord-est, pour submerger au final l’Asie centrale et l’Asie du Nord-est. La Russie et la Chine pourraient tous deux être négativement affectés. Mais les intérêts américains et les amis de l’Amérique – sans parler de la stabilité régionale – en pâtiraient également. Le temps est donc venu pour une stratégie audacieuse.


Zbigniew Brzezinski, Russia must work with, not against, America in Syria

Abondamment confirmé dans de nombreux textes mais rarement abordé dans les reportages, l’État islamique en Irak et en Syrie (EIIS) est une création des services secrets des USA, dont les membres sont recrutés, entraînés et financés par ce pays et ses alliés dont la Grande‑Bretagne, la France, l’Arabie saoudite, la Turquie, Israël et la Jordanie.  

Jusqu’à récemment, l’EIIS était connu sous le nom d’Al-Qaïda en Irak (AQI). Ce n’est qu’en 2014 que le groupe est devenu l’État islamique (État islamique en Irak et en Syrie, État islamique en Irak et au Levant).

La Russie entre en guerre contre le terrorisme

Nous assistons maintenant à un revirement majeur dans la dynamique de la guerre en Syrie et en Irak. La Russie est dorénavant directement engagée dans la lutte antiterroriste en coordination avec les gouvernements syrien et irakien.

Washington a reconnu la détermination de Moscou, mais voilà maintenant qu’Obama se plaint que les Russes prennent pour cible les « bons terroristes » soutenus par Washington.

Information privilégiée

Extrait du Wall Street Journal (WSJ) :

D’après des responsables étasuniens, les frappes aériennes russes en Syrie ont visé des rebelles soutenus par la CIA

Un des secteurs touchés est une position tenue principalement par des rebelles financés, armés et entraînés par la CIA et les alliés.

Un élément d’information important rapporté tacitement dans cet article du WSJ est que la CIA soutient des terroristes pour parvenir à un « changement de régime » en Syrie, ce qui implique des opérations de renseignement clandestines dans le territoire syrien :

IMPOSTURE 4 / La guerre humanitaire pour faire baisser le prix du pétrole

 

« L’agence d’espionnage étasunienne arme et entraîne des rebelles en Syrie depuis 2013 pour combattre le régime d’Assad. » (WSJ, le 30 septembre 2015; soulignement ajouté. Note de l’auteur : un soutien tacite est fourni depuis le début de la guerre en mars 2011.)

Ce qui précède est connu et confirmé, mais à peine rapporté dans les médias institutionnels.

Le front Al-Nosra : « les bons terroristes »

Le Pentagone, qui reconnaît maintenant candidement que la CIA soutient des groupes affiliés à Al-Qaïda à l’intérieur de la Syrie, dont le front Al-Nosra, déplore du même souffle que la Russie aurait pour cible les « bons terroristes » qui sont soutenus par Washington :

Une des frappes aériennes [russes] a touché une position tenue principalement par des rebelles soutenus par la CIA et les services de renseignement alliés, d’après des responsables étatsuniens (…).

Sur les sept secteurs qui, d’après les médias nationaux syriens, ont été pris pour cible par les frappes russes, seulement un, qui se trouve à l’est de Salamiyah, dans la province de Hama, a une présence avérée de combattants de l’État islamique. Les autres secteurs sont largement dominés par des factions de rebelles modérés ou des groupes islamistes comme Ahrar al-Sham et le front Al-Nosra, affilié à Al-Qaïda.  (WSJ, le 30 septembre 2015; soulignement ajouté.)

Le front Al-Nosra, qui est effectivement affilié à Al-Qaïda, est une organisation terroriste « djihadiste » responsable d’innombrables atrocités. Depuis 2012, Al-Qaïda en Irak et le front Al‑Nosra, avec le soutien des services secrets des USA, travaillent de concert à diverses menées terroristes à l’intérieur de la Syrie.

Ce qui ressort des nouveaux développements, c’est que le gouvernement syrien a fixé ses propres priorités en vue de la campagne aérienne antiterroriste russe, qui consistent essentiellement à frapper le front Al-Nosra, qui est décrit comme le bras armé terroriste de l’Armée syrienne libre (ASL).

Washington a qualifié le front Al-Nosra d’organisation terroriste au début de 2012. Ce qui ne l’a pas empêché de soutenir Al-Nosra et les soi-disant « rebelles modérés » en leur fournissant des armes, un entraînement, un soutien logistique, des recrues, etc. Ce soutien était fourni par l’intermédiaire de ses alliés du golfe Persique, dont le Qatar et l’Arabie saoudite, et entrait par la Turquie et Israël. .

Fait ironique, dans une décision du Conseil de sécurité de l’ONU rendue en mai 2012, « le front Al-Nosra en Syrie a été mis sur la liste noire en tant qu’alias d’Al-Qaïda en Irak », autrement dit, de l’EIIS :

une décision qui se traduira par l’imposition de sanctions contre le groupe, dont un embargo sur les armes, une interdiction de voyager et le gel des avoirs, ont expliqué les diplomates.

La mission étasunienne auprès de l’ONU a affirmé qu’aucun des 15 membres du Conseil ne s’était opposé à l’ajout du front Al-Nosra comme alias d’Al-Qaïda en Irak ce jeudi.

Le front Al-Nosra, l’une des forces armées les plus efficaces dans la lutte contre le président Bachar al-Assad, a prêté allégeance le mois dernier au chef d’Al-Qaïda Ayman al-Zawahri. (Al Jazeera, mai 2012)

Voilà maintenant que la Russie est blâmée pour s’en prendre à une entité terroriste qui est non seulement sur la liste noire du Conseil de sécurité de l’ONU, mais qui a des liens avec l’État islamique en Irak et en Syrie (EIIS).

Quelle est la portée de ces accusations?

Pendant que les médias rapportent que la Russie soutient la campagne antiterroriste, dans les faits, la Russie combat (indirectement) la coalition USA-OTAN en soutenant le gouvernement syrien contre les terroristes, qui se trouvent à être les fantassins de l’alliance militaire occidentale, qui comptent des mercenaires et des conseillers militaires occidentaux dans leurs rangs. Concrètement, la Russie combat des terroristes soutenus par les USA.

La vérité inavouable, c’est qu’en fournissant une aide militaire à la Syrie et à l’Irak, la Russie s’en prend (indirectement) aux USA.

Dans cette guerre par procuration, Moscou va soutenir ces deux pays dans leur lutte contre l’EIIS, qui est soutenu par les USA et ses alliés.

Michel Chossudovsky

« L’agence d’espionnage étasunienne arme et entraîne des rebelles en Syrie depuis 2013 pour combattre le régime d’Assad. » (WSJ, le 30 septembre 2015; soulignement ajouté. Note de l’auteur : un soutien tacite est fourni depuis le début de la guerre en mars 2011.)

Ce qui précède est connu et confirmé, mais à peine rapporté dans les médias institutionnels.

Le front Al-Nosra : « les bons terroristes »

Le Pentagone, qui reconnaît maintenant candidement que la CIA soutient des groupes affiliés à Al-Qaïda à l’intérieur de la Syrie, dont le front Al-Nosra, déplore du même souffle que la Russie aurait pour cible les « bons terroristes » qui sont soutenus par Washington :

Une des frappes aériennes [russes] a touché une position tenue principalement par des rebelles soutenus par la CIA et les services de renseignement alliés, d’après des responsables étatsuniens (…).

Sur les sept secteurs qui, d’après les médias nationaux syriens, ont été pris pour cible par les frappes russes, seulement un, qui se trouve à l’est de Salamiyah, dans la province de Hama, a une présence avérée de combattants de l’État islamique. Les autres secteurs sont largement dominés par des factions de rebelles modérés ou des groupes islamistes comme Ahrar al-Sham et le front Al-Nosra, affilié à Al-Qaïda.  (WSJ, le 30 septembre 2015; soulignement ajouté.)

Le front Al-Nosra, qui est effectivement affilié à Al-Qaïda, est une organisation terroriste « djihadiste » responsable d’innombrables atrocités. Depuis 2012, Al-Qaïda en Irak et le front Al‑Nosra, avec le soutien des services secrets des USA, travaillent de concert à diverses menées terroristes à l’intérieur de la Syrie.

Ce qui ressort des nouveaux développements, c’est que le gouvernement syrien a fixé ses propres priorités en vue de la campagne aérienne antiterroriste russe, qui consistent essentiellement à frapper le front Al-Nosra, qui est décrit comme le bras armé terroriste de l’Armée syrienne libre (ASL).

Washington a qualifié le front Al-Nosra d’organisation terroriste au début de 2012. Ce qui ne l’a pas empêché de soutenir Al-Nosra et les soi-disant « rebelles modérés » en leur fournissant des armes, un entraînement, un soutien logistique, des recrues, etc. Ce soutien était fourni par l’intermédiaire de ses alliés du golfe Persique, dont le Qatar et l’Arabie saoudite, et entrait par la Turquie et Israël. .

Fait ironique, dans une décision du Conseil de sécurité de l’ONU rendue en mai 2012, « le front Al-Nosra en Syrie a été mis sur la liste noire en tant qu’alias d’Al-Qaïda en Irak », autrement dit, de l’EIIS :

une décision qui se traduira par l’imposition de sanctions contre le groupe, dont un embargo sur les armes, une interdiction de voyager et le gel des avoirs, ont expliqué les diplomates.

La mission étasunienne auprès de l’ONU a affirmé qu’aucun des 15 membres du Conseil ne s’était opposé à l’ajout du front Al-Nosra comme alias d’Al-Qaïda en Irak ce jeudi.

Le front Al-Nosra, l’une des forces armées les plus efficaces dans la lutte contre le président Bachar al-Assad, a prêté allégeance le mois dernier au chef d’Al-Qaïda Ayman al-Zawahri. (Al Jazeera, mai 2012)

Voilà maintenant que la Russie est blâmée pour s’en prendre à une entité terroriste qui est non seulement sur la liste noire du Conseil de sécurité de l’ONU, mais qui a des liens avec l’État islamique en Irak et en Syrie (EIIS).

Quelle est la portée de ces accusations?

Pendant que les médias rapportent que la Russie soutient la campagne antiterroriste, dans les faits, la Russie combat (indirectement) la coalition USA-OTAN en soutenant le gouvernement syrien contre les terroristes, qui se trouvent à être les fantassins de l’alliance militaire occidentale, qui comptent des mercenaires et des conseillers militaires occidentaux dans leurs rangs. Concrètement, la Russie combat des terroristes soutenus par les USA.

La vérité inavouable, c’est qu’en fournissant une aide militaire à la Syrie et à l’Irak, la Russie s’en prend (indirectement) aux USA.

Dans cette guerre par procuration, Moscou va soutenir ces deux pays dans leur lutte contre l’EIIS, qui est soutenu par les USA et ses alliés.

Michel Chossudovsky

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