MICKAEL LOWY / 10 Axes pour combattre l'extrême droite

Le concept de « populisme », employée par certains politologues, par les médias et même par une partie de la gauche, est parfaitement incapable de rendre compte du phénomène en question, et ne sert qu’à semer la confusion. Si dans l’Amérique Latine des années 1930 jusqu’à 1960 le terme correspondait à quelque chose de relativement précis - le varguisme, le péronisme, etc - son usage en Europe à partir des années 1990 est de plus en plus vague et imprécis. On définit le populisme comme « une position politique qui prend le parti du peuple contre les élites », ce qui est valable pour presque n’importe lequel mouvement ou parti politique. Ce pseudo-concept, appliqué aux partis d’extrême-droite, conduit – volontairement ou involontairement - à les légitimer, à les rendre plus acceptables, sinon sympathiques - qui n’est pas pour le peuple contre les élites ? – en évitant soigneusement les termes qui fâchent : racisme, xénophobie, fascisme, extrême-droite. « Populisme » est aussi utilisé de façon délibérément mystificatrice par des idéologues néo-libéraux pour opérer un amalgame entre l’extrême droite et la gauche radicale, caractérisés comme « populisme de droite » et « populisme de gauche », puisque opposés aux politiques libérales, à l’ « Europe », etc. [...]
La gauche, toutes tendances confondues, a - à quelques exceptions près - cruellement sous-estimé le danger. Elle n’a pas vu venir la vague brune, et donc elle n’a pas trouvé nécessaire de prendre l’initiative d’une mobilisation anti-fasciste. [...]
Aucun groupe social n’est immunisé contre la peste brune. Les idées de l’extrême-droite, et en particulier le racisme, ont contaminé une grande partie non seulement de la petite-bourgeoisie et des chômeurs, mais aussi de la classe ouvrière et de la jeunesse. Dans le cas français cela est particulièrement frappant. [...]
Il faut aussi savoir innover pour répondre aux nouvelles formes du phénomène. Il faut savoir combiner les initiatives locales avec des mouvements socio-politiques et culturels unitaires solidement coordonnés et structurés, à l’échelle nationale et continentale. Un mouvement antifasciste uni et coordonné ne sera efficace et crédible que s’il est impulsé par des forces qui se situent hors du consensus néo-libéral dominant. [...]
[Il faut s'écarter de toute] vision économiciste, car elle ne peut rendre compte de l’autonomie propre aux phénomènes politiques – les électeurs peuvent choisir un parti qui n’a pas la faveur de la grande bourgeoisie - et ignore souvent que le grand capital s’accommode sans état d’âmes de n'importe quel régime politique [ fonctionnant indifféremment sur les Res publicae et les Res privatae (cf. le code Justinien de 535). ]

Michael Lowy

Le site du cazals - Ce site n'engage que ses auteurs et non le département de philosophie de Paris 8  -  Hébergé par Overblog