BIOLOGIE / Le récapitulationnisme : il n'existe ni ontogenèse ni phylogenèse

  • Anthony Le Cazals

L'ontogenèse récapitule la phylogenèse

Telle est la thèse centrale du récapitulationnisme (ou récapitulisme)

La récapitulation ou est une théorie en biologie de l’évolution du développement développée par Ernst Haeckel qui veut que l’"ontogénie" d’un organisme passe par des stades représentant les espèces ancestrales de celui-ci. Le problème est qu'il n'y a pas d'ontogénie ou d'ontogenèse.

Ontogenèse et phylogenèse en biologie

s’est inspiré de la théorie de Meckel-Serres en ajoutant des éléments du Darwinisme pour former sa théorie. La théorie du parallélisme établie par Johann Meckel et Étienne Serres démontrait qu’un animal avait comme phase développementale la phase adulte de l’espèce inférieure. Les espèces inférieures seraient donc en fait des formes développementales des espèces plus supérieures. Comme cette théorie est apparue avant l’arrivée de l’évolutionnisme de Darwin, les termes «inférieur» et «supérieur» font références à la chaîne des êtres (Great Chain of Being). Cette théorie fut rapidement rejetée par plusieurs biologistes dont Karl Ernst von Baer. Karl Ernst von Baer, considéré comme le père de l’embryologie, a publié plusieurs ouvrages dont un en 1828 qui stipule que les embryons de chaque organisme ont un stade initial semblable puis divergent peu à peu pour former l’adulte.

L'embryologie s'écarte donc de la vieille métaphysique qui poserait un phylum d'un part et un être (humain) qui en serait le double, le modèle.
C'est en 1866, on le sait, que fut proposée à la communauté scientifique la fameuse loi biogénétique d'E. Haeckel, " dont l'importance dans l'histoire des idées se compare à celle de Darwin ".[Rien moins que cela nous dit Jean-Pierre Changeux, dans l'homme Neuronal, p. 342) Selon cette loi, il existerait pour les espèces vivantes, entre la phylogenèse et les étapes initiales de l'ontogenèse, une connexion qui "n'est pas extérieure ou superficielle, mais profonde, intrinsèque et causale" [E§. Haeckel, Histoire de la création des êtres organisés d'après les lois naturelles, Paris, Reinwald, 1874, cité par J.-P. Changeux, ibid.] Prise à la lettre cette loi reflèterait une vue strictement réapitulationniste des stades de l'embryon individuel, répétant, chacun poue sa part, une des séries complètes d'ancêtres adultes. Ce qui ferait de l'ontogénie un abrégé de l'histoire même de l'espèce. Les biologistes n'ont pas eu de peine à contredire cette vue simplifiée des faits, en montrant [G. R. DeBeer, Embryos and ancestors, Oxford, Clarendon Press, 1951] que pour nombre d'espèces, l'ordre des étapes dans le développement embryologique est une violation de l'histoire évolutive telle qu'on la restitue. Mais la faille principale de la thèse de Haeckel est l'assignation erronée des étapes ontogénétiques répétitives à la forme adulte de l'ancêtre. [...] si une récapitulation a bien lieu, elle s'applique moins à l'embryon, globalement conçu en complète correspondance avec l'un de ses ancêtres, qu'à tel sou tels systèmes fonctionnels particuliers de sa physiologie, issus de sources évolutives qui les distinguent les uns des autres [...] [J. T. Lamendella, Relations between the ontogeny and phylogeny of language : a news recapitulationist view.. Rectifiée en ce sens , la thèse récapitulationniste de Haeckel retrouve tout son intérêt et toute sa fécondité, qui sont indéniable en biologie, selon les avis autorisés.
Nous dit Michel Hagège.

Une copie des dessins de Haeckel par George Romanes représentant la théorie de la récapitulation.

Une copie des dessins de Haeckel par George Romanes représentant la théorie de la récapitulation.

Ontogenèse et phylogenèse en linguistique

Hagège continue a véhiculer cette théorie saugrenue qui s'appuie sur deux dimension inexistante ;'ontogenèse et la phylogenèse. Et les applique à la linguistique, plus particulièrement à l'apparition de nouvelles langues au sein de l'espèce et à l'apprentissage d'une langue par un individu. L'éexemple pris est celui du créole.

Rappeleons que pour Hagège ; " ce qui tient de l'apprentissage linguistique de l'enfant, tient au code linguistique, c'est-à-dire à l'inscription neurologique d'un schéma cognitif universel, est, à sa naissance, un donné déjà présent et entièrement constitué (d'où l'inexistence des enfants sauvage au passage). Mais continuons sur l'hypothèse de la créologenèse, que Hagège au final bat en brêche.
"Entre phylogenèse et ontogenèse, une ierce aventure, la caïnogenèse, ou naissance d'une langue nouvelle après perte supposée. D. Bickerson s'est intéressé aux créoles et à entrepris de montrer que " tous les créoles partage un certain nombres de caractéristiques syntaxiques et sémantiques, et en particulier l'existence de trois oppositions qu'il juge fondamentales : celle entre deux temps, antérieur et non antérieur, celle entre deux modes, réel et non réel, celle entre deux aspects, ponctuel et non ponctuel." Mais quelques pages plus loin il affirme "On ne peut donc pas considérer sans autre débat que le développement de créoles à partir de pidgins [créoles anglosaxons] soit un argument en faveur d'une théorie de la créologenèse comme chaînon manquant entre l'ontogenèse et la phylogenèse du langage. [...] Non seulement la parenté entre toutes ces langues africaines constituait un puissant facteur de ressemblance entre les créoles d'anciens Africains, mais en outre,  les langues européennes des maîtres, modèles immédiatmeent disponibles, était elles-mêmes relativement proches. Ces deux éléments étrangers à toute innéité, ont joué un rôle esentiel et expliquent pour une large part la ressemblance si remarquable entre tous les créoles "

Dit plus simplement les hypothèse d'ontogenèse et de phylogenèse ne désigne aucune complexité, aucune polarité dans le développement de l'espèce mais bien autrement l'influence du chistiannisme qui a infiltré la science, cherchant à montrer la naissance de l'individu qui est avant tout une création de l'esprit.

 

Les citations d'Hagège sont tirées de L'homme de parole, pp. 38-40, 40-41, 43, 51-52, Paris, Gallomard/Folio essais, 1986.

Une latence de l'hylémorphisme

On ne peut s'empêcher de voir dans ce dualisme qui biaise l'embryologie initiale, par la phylogenèse comme projection organique sur le développement et l'évolution des "organismes" et l'ontogenèse, comme projection humaniste et métaphysique sur le développement embryonnaire, une résurgence de l'hyl"morphisme d'Aristote : L'hylémorphisme est souvent opposé au dualisme de Platon et aux monismes présocratiques. Du fait que l'intellect (le noûs) peut être distinct de l'âme, l'aristotélisme reste dualiste, quoique différemment du platonisme : « Mais en ce qui touche l’intellect et la faculté théorétique, rien n’est encore évident ; pourtant il semble bien que ce soit là un genre de l’âme tout différent, et que seul il puisse être séparé du corps, comme l’éternel, du corruptible. » (Aristote, De l’âme, II, 2). « L'âme n'est donc pas séparable du corps, tout au moins certaines parties de l'âme [...]. Cependant rien n'empêche que certaines autres parties, du moins, ne soient séparables, en raison de ce qu'elles ne sont les entéléchies d'aucun corps. » (Aristote, De l'âme II, 1, 413a, 5),

 

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