PHILOSOPHIE / Le mécanisme des éléments

Mécanicisme ou philosophie mécanique, doctrine qui ne fait résulter les qualités des corps que du rapprochement d'un certain nombre d'éléments ou de principes sans qualités propres, et de leur manière de se grouper. Toutes les grandes écoles mécanistes, celles d'Empédocle, d'Anaxagore, de Démocrite, prirent pour point de départ le principe posé par les Eléates. Ce n'est pas par un changement qualitatif de l'être (le mouvement chez Aristote), mais par des combinaisons variables d'éléments immuables que tous ces systèmes expliquèrent le monde. Le système d'Anaximandre est déjà un commencement de philosophie mécanique; mais c'est dans Straton de Lampsaque qu'on la trouve complète et sans mélange. D'après son système, le monde n'est pas animé; ses principes existant d'eux-mêmes, le mouvement et les effets qui en résultent sont dus à la nécessité. Le philosophe moderne qui reprendra les éléments pour en développer l'imaginaire est Bachelard, nous l'avons déjà évoqué.


Platon reprendra ces notions d'éléments en les mixant avec le Pithagorisme dans des passages problématique, en ce que l'on ne sait plus ce qui ressort de sa doctrine ou non, Selon l'historiographie (Diogène Laêrce), Platon aurait acheté les manuscrits contenant la philosophie du pythagoricien Philolaos, lors d'un voyage en Italie. C'est de là qu'il tirerait sa connaissance du Pythagorisme tel qu'il l'a reprise sous l'aspect du discours de Timée de Locre, figure fictive semble-t-il.


Mais avons-nous eu raison d’ajouter qu’il n y a qu un ciel, ou était-il plus juste de dire qu’il y en a beaucoup et même un nombre infini ? Il n’y en a qu’un, s’il doit être construit suivant le modèle. Car ce qui contient tout ce qu’il y a d’animaux intelligibles ne pourrait jamais coexister avec un autre et occuper la seconde place, autrement il faudrait admettre, outre ces deux-là, un troisième animal, où ils seraient enfermés comme des parties ; et ce ne serait plus sur ces deux-là, mais sur celui qui les contiendrait qu’on pourrait dire à juste titre que notre monde a été modelé. Afin donc que notre monde fût semblable en unité à l’animal parfait, l’auteur n’en a fait ni deux, ni un nombre infini ; il n’est né que ce ciel unique et il n’en naîtra plus d’autre. Or ce qui a commencé d’être doit nécessairement être corporel et ainsi visible et tangible ; mais, sans feu, rien ne saurait être visible, ni tangible sans quelque chose de solide, ni solide sans terre. Aussi est-ce du feu et de la terre que le dieu prit d’abord, quand il se mit à composer le corps de l’univers. Mais, si l’on n’a que deux choses, il est impossible de les combiner convenablement sans une troisième ; car il faut qu’il y ait entre les deux un lien qui les unisse. Or, de tous les liens, le meilleur est celui qui, de lui-même et des choses qu’il unit, forme une unité aussi parfaite que possible, et cette unité, c’est la proportion qui est de nature à le réaliser complètement. Lorsqu’en effet, de trois nombres quelconques, cubiques ou carrés, le moyen est au dernier ce que le premier est au moyen et qu’inversement le moyen est au premier ce que le dernier est au moyen, le moyen devenant tour à tour le premier et le dernier, et le dernier et le premier devenant l’un et l’autre les moyens, il s’ensuivra nécessairement que tous les termes seront les mêmes et qu’étant les mêmes les uns que les autres, ils formeront à eux tous un tout. Si donc le corps de l’univers avait dû être une simple surface, sans profondeur, un seul terme moyen aurait suffi pour lier ensemble les deux extrêmes et lui-même. Mais, en fait, il convenait que ce fût un corps solide. Aussi, comme les solides sont toujours joints par deux médiétés, et jamais par une seule, le dieu a mis l’eau et l’air entre le feu et la terre et les a fait proportionnés l’un à l’autre, autant qu’il était possible, de sorte que ce que le feu est à l’air, l’air le fût à l’eau et que ce que l’air est à l’eau, l’eau le fût à la terre et c’est ainsi qu’il a lié ensemble et composé un ciel visible et tangible. C’est de cette manière et de ces éléments, au nombre de quatre, que le corps du monde a été formé. Accordé par la proportion, il tient de ces conditions l’amitié, si bien que, parvenu à l’unité complète, il est devenu indissoluble par tout autre que celui qui l’a uni. Chacun des quatre éléments est entré tout entier dans la composition du monde, car son auteur l’a composé de tout le feu, de toute l’eau, de tout l’air et de toute la terre sans laisser en dehors de lui aucune portion ni puissance d’aucun de ces éléments. Son dessein était en premier lieu qu’il y eût, autant que possible, un animal entier, parfait et formé de parties parfaites, et en outre qu’il fût un, vu qu’il ne restait rien dont aurait pu naître quelque chose de semblable, et, en dernier lieu, pour qu’il échappât à la vieillesse et à la maladie. Il savait en effet que, lorsqu’un corps composé est entouré du dehors et attaqué à contretemps par le chaud, le froid et tout autre agent énergique, ils le dissolvent, y introduisent les maladies et la vieillesse et le font périr. Voilà pourquoi et pour quelle raison le dieu a construit avec tous les touts ce tout unique, parfait et inaccessible à la vieillesse et à la maladie.

Platon, Timée, 31a-33a

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