221. Foucault et la pensée du Dehors.

  • Anthony Le Cazals
  • Thèse

Exergue. — Nietzsche nous a signifié pourtant depuis bientôt un siècle, que là où il y a signe il ne peut y avoir l’homme, et que là où on fait parler les signes, il faut bien que l’homme se taise. Ce qui me paraît décevant, naïf sur les réflexions, les analyses sur les signes, c’est qu’on les suppose toujours déjà là, déposés sur la figure du monde FcDE1_503.

 

 « Qu’est-ce qu’un signe ? », c’est la question que se pose Foucault dans Les mots et les choses FcMC_317, réfutant la thèse husserlienne d’un sens toujours déjà là. Qu’il y ait résonance entre Merleau-Ponty et Foucault, entre Le visible et l’invisible MpVI et Les mots et les choses FcMC, Deleuze l’a très bien relevé DzF_117-118 n.36. Dans le travail sur le langage initié par la philologie du xviiième siècle, repris par Nietzsche et Mallarmé selon Foucault, faut-il pressentir la naissance, moins encore la première lueur au bas du ciel d’un jour qui s’annonce, mais où nous devinons déjà que la pensée — cette pensée qui parle depuis des millénaires sans savoir ce qu’est parler ni même qu’elle parle — va se ressaisir en son entier et s’illuminer à nouveau dans l’éclair de l’être ? N’est-ce pas ce que Nietzsche préparait, lorsqu’à l’intérieur de son langage, il annonçait la mort de Dieu mais aussi le dernier homme. En somme, il tuait leur concept à tous les deux FcMC_317. Foucault nous montre que Nietzsche invente une nouvelle conception et de nouvelles méthodes d’interpréter les signes : d’abord en changeant l’espace où les signes se répartissent mais surtout en substituant au simple rapport du signe et du sens, un rapport plus complexe, presque infini où la primauté du sens n’est plus au langage vrai mais aux puissances qui animent le langage lui-même cf. DzRF_165. Foucault précise son analyse sur l’homme comme conscience et l’inconscient qui lui est coextensif dans le cogito et l’impensé : l’essentiel c’est que la pensée soit à la fois savoir et modification de ce qu’elle sait, réflexion et transmutation du mode d’être de ce sur quoi elle réfléchit, ou pour le dire autrement conversation et création à la fois, comme nihilisme passif et entrain coexistent, et Foucault de continuer sur le mode de l’affection, de la mise en branle. La pensée « fait aussitôt bouger ce qu’elle touche : elle ne peut découvrir l’impensé, ou du moins aller dans sa direction, sans l’approcher aussitôt de soi », comme un Dedans plus proche que toute intériorité. On comprend alors les résonances qui s’opèrent entre Les mots et les choses de Foucault et Le visible et l’invisible de  Merleau-Ponty au niveau du chiasme. Mais il existe une différence entre Foucault et Merleau-Ponty : chez Foucault, il y a un entrelacs entre intériorité et extériorité, d’une part, et dedans et dehors, c’est-à-dire une différence entre la Limite (finitude 215a) et l’Horizon (schize 215c). Tout ce questionnement sur une « nouvelle » conception du signe tient justement à cette différence, au fait que pour guetter l’horizon, il faille transgresser la limite. C’est toute la thématique de l’attirance chez Blanchot et de la transgression par négligence chez Bataille cf. FcDE1. C’est dans La pensée du Dehors FcPD et FcDE1 que Foucault en appelle les philosophes à « définir les "catégories" » de cette « nouvelle » pensée. Et c’est sans doute là qu’entre en scène Deleuze qui, avec l’aide de Guattari inscrira une pensée de la coïncidence et du recoupement dans Anti-Œdipe et Mille Plateaux : la pensée-rhizome. C’est sans doute pour cela que Foucault disait de Deleuze qu’il était le philosophe du xxe siècle, Deleuze répondant que Foucault voulait dire qu’il n’était pas le plus intelligent mais le plus naïf, c’est-à-dire le plus négligent vis-à-vis de la finitude kantienne FcDE1_239/542.

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