311. Le désert croît.

  • Anthony Le Cazals
  • Thèse

Par désert philosophique, nous reprenons à notre compte ce que Badiou appelle inhumanité BdLS et ce que Deleuze nomme volontiers processus d’acculturation DzP. Cette acculturation n’est autre que la tentative de rabattre une culture intensive ou vernaculaire riche sur une culture de moins haute définition qui pose le tout équivalent et repose sur le libre-échange des propriétés. D’une part, cette acculturation marque le possible déclin d’une culture à haute définition et haut risque, et d’autre part elle masque, un temps, la réalité de l’autonomie. On ne peut saisir ce qu’a été cette autonomie simplement parce que l’on fonctionne sur une affectivité toute différente. Cette acculturation n’est pas un brouillage culturel, simplement la mise en place d’une culture de moindre définition qui facilite les équivoques : ce dont on souffre ce n’est pas du brouillage mais des propositions qui n’ont aucun intérêt, du trop d’informations. Ces informations n’ont pas la dimension nécessaire pour indiquer ce qui importe  727-729 en tant que richesse et elles finissent par substituer la notion de sujet — toujours réactif — à celle de projet — toujours collectif — car le temps où l’on discute des notions creuses (idoles) et des propositions sans intérêt (chimères) est suffisamment long pour que s’insèrent dans le présent les forces réactives de toutes sortes. Inhumanité et Surhumanité se placent au-delà de la simple hiérarchie des faits — qui n’est que le sens historique de l’humanité. Mais c’est dans ce désert inhumain, fruit du long travail des ruminants et autres interprètes, que poussent la « mauvaise herbe » et l’imprévu. Cette « mauvaise herbe », ce qui est en trop par rapport aux attendus d’une génération : ce sont les rejetons, les sauvageons, la part d’imprévu propre à toute génération. Poussée par nécessité à l’invention, la « mauvaise herbe » se constitue alors son propre biotope, sa propre serre créatrice où elle s’épanouit et qui dépasse de loin les attendus d’une époque. C’est ce dépassement du désert, cette manière au final de repeupler et de réinvestir différemment le présent que l’on nomme surhumanité.

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