La Philosophie à Paris

339. Pour conclure cette partie.

14 Février 2013, 23:36pm

Publié par Anthony Le Cazals

Au travers des deux éternités présentes dans la philosophie de Deleuze, l’une de succession comme immortalité, l’autre de coexistence comme nouveauté (chacun pouvant l’expérimenter s’il s’en donne l’effort), nous avons deux points de vue inconciliables sur l’éternité qui coexistent au sein de la philosophie de Deleuze. Celui-ci n’aborde pas de fait la même éternité : d’une part un régime propre à une philosophie de l’Ouvert ou du Dépli et d’autre part un régime propre à une pensée du Dehors ou du Surpli. Ce que Deleuze a laissé en suspens, comme un désert pour les philosophes à venir, est explicité dans le dernier chapitre au titre éloquent (« Vers une formation de l’avenir ») : c’est le surpli. Le surpli n’est ni l’élévation à l’infini propre à la pensée classique, ni la finitude 215a mais le fini-illimité  331. Et plus loin encore, « Le fini-illimité ou le surpli, n’est-ce pas ce que Nietzsche traçait déjà, sous le nom de l’éternel retour ? » DzF_140. Laissons alors quelques questions ouvertes, à savoir : notre époque se résume-t-elle à cela : 1°) accumuler du capital (économique, électoral autant que « spirituel »), 2°) instituer des corps et du langage autant que des vérités, 3°) libérer le flux de la vie autant que les forces qui dans ses différentes composantes animent la vie. L’une des hypothèses de départ de notre travail est de soutenir que la métaphysique provient de ce que les distinctions sur la réalité sont mal faites et nécessitent un surajout à la « physique » envisagée, appréhendée comme statique. Certes on peut nous reprocher un goût trop poussé pour l’adéquat mais on peut tout autant se dire que nous ne faisons que passer et qu’un jour notre cerveau ne sera plus apte à l’effort nécessaire à la pensée. D’où un certain intérêt à décomposer le chiasme chez Merleau-Ponty, pour éviter finalement une somme de faux-problèmes qui encombrent la pensée et la freine comme les vides d’adhérence des ventouses médicales de la médecine classique. Le travers chez Merleau-Ponty est sans doute de tout faire tourner autour du visible, d’une philosophie visuelle qui par conséquent conduit aux impasses de l’intelligence, de la raison classique narcissique : à savoir la trop grande objectivité qui nie les processus. Surgit, là, le caractère dépréciateur de l’intelligence qui nie certaines dimensions de la vie mais surtout les délires dont Platon disait : « Des biens qui nous échoient les plus grands sont ceux qui nous parviennent par un délire ». Badiou a réussi sous le concept de sujet un apparent tour de force qui tient du concept même de capacité. Cette capacité d’énergie dont Deleuze disait qu’elle était une nouvelle subjectivité. Reste à savoir où elle se répand : est-ce dans un individu qui participe d’un sujet crispé sur une prétendue « vérité » 711 ou dans la construction d’un collectif apte à transformer ce qui est. Or il n’y a pas d’absolu, toute métaphysique repose sur l’idée d’absolu que ce soient des vérités chez Platon ou Badiou, des déterritorialisations chez Deleuze et même dans le surhomme de Nietzsche si l’on l’envisage comme un type de perfection absolue. En tant qu’absolu, elle marque la réduction, l’indication de qui a été obtenu par l’effort, par un saut « quantique » ou affectif. Mais c’est par exemple, tout à l’honneur de la physique quantique d’avoir procédé à ce que les scientifiques post-kantiens appellent la suppression des inobservables, à l’évacuation de toutes les formes d’absence et de néant qui peuplent la philosophie. L’absolu dénote une croyance surinvestie qui, à un moment donné, pose problème quand elle est réinvestie sous la forme d’un simulacre de vérité par un autre sujet qui ne se place pas au même niveau. On pourrait dire que ça produit du gâchis pour rien. En cela nous nous écartons très peu de Badiou BdE. Ce qui est absolu est séparé de nous ; ce qui est absolu n’a ni début, ni fin donc ne nous est ni connu, ni accessible. On peut donner quelques exemples. On a envisagé un zéro absolu en température mais déjà les condensats de Bose-Einstein nous révèlent d’autres tendances de la « matière » au-delà de ce qui passe pour un absolu, et qui n’est en fait qu’un seuil. Un autre exemple est celui du vide 432, les scientifiques ont réussi à recomposer de l’ultravide qui est l’ordre de 10 –7 pascals, mais tout nous dit que des éléments isolés y flottent. On peut voir les absolus comme les chimères et les idoles d’une civilisation, par exemple la substance ou la chose en soi. Les absolus obstruent l’horizon, la possibilité à chacun de constituer son propre crible, ses propres signes et donc la capacité à vivre une vie enrichie et « tragique ».

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