427. Le passage de l’envie à l’entrain.

  • Anthony Le Cazals
  • Thèse

L’entrain est métabolique et autonome et l’on a nommé cette vertu désir. Passer de l’envie à l’entrain, c’est exercer son esprit dans la définition qu’en donne Nietzsche. Comprendre l’autonomie du mouvement permet le passage de l’envie à l’entrain et d’appliquer cette compréhension à notre trajectoire personnelle. On serait tenté de vouloir supprimer l’inertie, de délier la force qu’elle retient mais c’est elle qui fait que la terre est ronde et sa surface illimitée, finie mais sans bornes à sa surface. Délier la force d’inertie qu’est le désir — l’appétit conscient de lui-même — c’est ce à quoi avait pensé Lyotard dans Economie libidinale. D’une certaine façon, Deleuze y répond bien des années plus tard : il faut à la fois création et peuple DzP_186,  c’est-à-dire pensée et inertie, voire la bêtise. Chez Deleuze, c’est l’inertie qui pose problème, met dans l’impossibilité du mouvement et pousse à la puissance pour retrouver la joie contenue dans la vision d’un mouvement en devenir, d’un affect ou d’une image qui serait un devenir et non un état. État qui n’est pas l’être. La puissance n’est pas seulement ce qui perçoit son impossibilité et l’éprouve — comme Deleuze en grand voyant dans Le pli, mais c’est ce qui active et affecte ainsi d’autres puissances. On pourrait croire que l’on va à l’excès de puissance, à la démesure mais c’est oublier la dimension de la joute qui stoppe tout excès dans le conflit. Sélection par la joute en somme qui affecte d’autres puissances mais cette fois par la peur qui révèle l’affectivité primordiale 530 qu’au Japon on nomme le « ki 832b ». Sans entrer dans une pratique mystique des arts martiaux qui sont avant tout un exercice de style. Cela consiste simplement à couper l’adversaire de ses propres croyances et de ses propres modèles pour l’inviter à sauter par-dessus la peur du « vide » vers ce qu’on nomme création. Ses conceptions fixistes l’ont porté jusque là à l’inertie. Mais poussé dans les derniers retranchements de l’inertie, il est invité à la danse. Telle est la leçon accélérée que l’on pourra tirer de Shigeru Uemura ou Kenji Tokitsu qui sont quelques-uns des maîtres d’arts martiaux japonais venus s’installer en France. On sort de l’« idée de la puissance » comme puissance d’action et de la morale qui la gouverne, pour une pensée de la puissance à travers le corps, une pensée de l’exercer incisif. Ce que les Japonais ont bien compris. Si le poison de l’idée fut un activateur de coercition puissant pour les personnes qui préfèrent la connaissance à l’incertain ou la représentation à l’audace, il faut un remède « désontologique » d’autant plus fort. Tout cela est affaire de la bonne distance avec les chimères. Il faut même parfois songer à oublier cet « être » et envisager l’inéluctable 643 pour mieux le dépasser.

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