714. Transfiguration des valeurs et transmutation du corps.

  • Anthony Le Cazals
  • Thèse

Toute époque, qui veut la vérité et se retourne contre la vie intense, est crépusculaire et décadente. Une époque, qui sait se donner ce qui a de l’importance, est native, capable d’enfanter de grandes choses et par là de régénérer sa propre énergie plutôt que de courir à l’épuisement. Un jour, on comprendra l’importance de l’activité de penser en relation directe avec le fond affectif de l’existence, souvent recouvert du mot amour par nos chers philosophes. Une manière sans doute de masquer qu’on ne parvient pas à l’amour et à la sagesse, mais que de Platon à Hegel, c’est une pensée dominante et non résiliente que l’on a mise en place. On peut atteindre alors un point où la société devient affective et dionysienne c’est-à-dire non seulement qu’elle assume sa dimension tragique mais qu’elle est apte à dépenser une énergie inouïe d’autant plus qu’elle sait la renouveler. Cette énergie n’est pas une ressource naturelle mais une énergie corporelle éduquée, à la manière de celle des samouraïs. Les corps sont capables d’une grande énergie s’ils ne sont pas contraints par la peur, la haine ou la honte — autrement dit les affects passifs ou passions tristes que l’angoisse, le ressentiment et la mauvaise conscience véhiculent. Cela se produit sous l’effet d’un délire et d’un enthousiasme, bref d'un surplus de vie ainsi que d'une synthèse des nouvelles valeurs. Non seulement notre affectivité en est transformée en induisant un changement des hormones qui peuplent nos cellules, mais aussi une plasticité encore plus grande du cerveau, ainsi que notre manière à la fois généreuse et cruelle d’aimer, en sont modifiées. C’est le jeu de nouvelles valeurs. Transfiguration des valeurs et transmutation des cellules du « corps ». Le scénario n’a rien d’irréel car il ne nous destine pas à un idéal propre aux sociétés closes de bonheur pour l’humanité, ni même à un idéal propre aux sociétés ouvertes de production, d’échange et de consommation. Il pose que la transmutation nécessite l’invention et non l’interminable répétition. Ce scénario pragmatique tient compte de ce que le travail passionné transforme les corps, de ce que la technique peut produire comme nouvelles sensibilités chez les humains et de ce que l’architecture du cerveau n’est pas fixée une fois pour toute. Cette dernière a jusque là fonctionné sur la proximité neuronale du bonheur et du malheur dont on retrouve l’écho moral dans nos sociétés avec la récompense  et la punition, comme si les actions pouvaient être morales. Ce scénario, qui est en fait une transmutation plus globale, est révélé par le langage intime, spontané et magnétique 530 des créateurs. Cette transmutation pleinement accomplie fait passer du doublet plaisir-douleur au doublet jubilation-insatisfaction. C’est là qu’il y a création de valeurs et nouveaux investissement de la complexité. De même, en un siècle, les nouvelles techniques médicales ont modifié avec les antiseptiques, les anesthésiants et les narcotiques, le rapport de l’esprit au corps jusqu’à l’effacer. La douleur 831 est devenue abstraite ou nerveuse pour Camus et Sartre ou techniquement inconvenante pour les médecins. Hier, la douleur prouvait la faiblesse du blessé, aujourd’hui, elle révèle l'incompétence du technicien CyrVC_47.

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