831. Préambule sur la douleur.

  • Anthony Le Cazals
  • Thèse

Il y a dans la lutte toujours quelque chose qui dépasse le simple antagonisme. Ce qui dépasse l’antagonisme est la direction de l’audace. Ce que Machiavel appelle virtù et que Nietzsche reprendra à son compte, dans le Gai Savoir. Est-ce étonnant si Machiavel en héraclitéen, part de la lutte comme inéluctable pour mieux la dépasser. Dans le conflit et la lutte, il y a une brèche qui indique cette direction qu’on ne peut réduire à de l’esprit car elle relève de l’audace, encore une fois. Les insurgés nous le disent : le conflit engendre le courage, mais les morts révolues des camarades nous grèvent d’impuissance. C’est tout le problème puisque avec la dialectique, le tiers — ce qui excède l’antagonisme — est exclu. C’est ce que nous n’avons de cesse de répéter. Amputations. Œillères de l’idéaliste qui veut tout forcer :


C’est dans le moment où je vais avoir peur que je fais peur, c’est la même agression que j’écarte de moi et que je renvoie sur autrui, c’est la même terreur qui me menace et que je répands, je vis ma crainte dans celle que j’inspire.


Pendant que les hommes s’efforcent de ne pas craindre, ils se mettent à se faire craindre d’autrui, et l’agression qu’ils repoussent d’eux-mêmes, ils la rejettent sur autrui, comme si de toute nécessité, il fallait offenser ou être offensé MacLP°XIV.


Le mot combat a remplacé celui grec de polemos. « Tout naît d’un combat ». Ceux qui verront dans cet opus un appel à la violence pourront passer leur chemin. Le combat présenté ici est avant tout non-violent mais acharné. En orient, on peut trouver les derniers sages héraclitéens au travers des samouraïs. Le Japon est l’île aux trois vallées de riz. Le bouddhisme zen, qui consiste en la suppression de toute douleur, adopte au Japon et sur l’île d’Okinwa une posture qui s’éloigne de la méditation assise (zazen), si connue des occidentaux avec la figure du Bouddha. Les guerriers (bushi) n’ont rien d’aristocrates, c’est davantage un travailleur de la guerre, même si l’art martial qu’ils ont developpé le fut à une ère féodale qui réservait le port des armes aux seuls guerriers. L’art ou la voie interminable naît d’un privilège. Pour cela, ils faisaient allégeance et devaient la loyauté à un seigneur. Mais au-delà de ça, les samouraïs évoqués ici furent peintres, architectes, pédagogues, médecins et s’y connaissaient en sagesse. Nous pouvons dire que le combat ne se joue pas entre la vie et la mort, qu’il n’est pas affaire d’honneur. La vie et la mort ne sont qu’idées et appréhension. Le combat se fait contre tous les détenteurs de vérités qui assènent leur vengeance d’avoir un fardeau à porter. Le combat est affaire de style, il n’est pas l’allégeance au sérieux mais l’élégance d’une danse. Il ne s’agit pas de se battre pour ses idées, mais de les battre jusqu’à la retraite. Pensées des peuples et d’époques plus que pensées subjectives. Il n’y a que le combat pour détraquer tous les systèmes car il ne s’offre pas à la nécessité, mais à la puissance contre tout pouvoir. Le combat dans sa destruction laisse la place à la création.

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