928. La mutation du travail en contribution passionnée via internet.

  • Anthony Le Cazals
  • Thèse

Nous assistons aujourd'hui au passage du travail rémunéré à la contribution pensionnée et passionnée.Si la dimension biblique et géorgique du travail tend à disparaître ou du moins à s'amoindrir, la pénibilité au travail existe toujours notamment dans la construction et les métiers. Il se trouve, comme on peut l'entendre, par exemple sur les vidéos TEDxAlsace, que ces sont les aristocrates qui travaillent le plus et que cela sera d'autant plus prégnant qu'une pension minimum sera mise en place. Cela concerne toutes les échelles. L'une des plus grandes entreprises de notre temps, Wikipédia qui fonctionne sur un mode non-lucratif, est assurée par des contributeurs qui travaillent gratuitement. C'est la preuve que le temps passé sur les nouvelles technologies, par un mode affectif et de connaissances va augmenter jusqu'à empiéter sur l'organisation même du travail. L'émergence d'une caste de créatifs, indispensables à l'époque, n'est plus à démontrer : on a franchi le peak stuff et la marchandise ne consiste plus en objets à écouler malgré la surproduction machinique et la trop rapide satisfaction des besoins quand aux objets industriels. Les besoins secondaires (objets) et ternaires (services) forment un marché qui parfois n'existe pas avant le produit et qui peut disparaître brutalement — comme pour les pellicules Kodak. Les entreprises de la société civile remplacent les institutions étatiques, sans qu'il y ait de heurts. La reconnaissance va en fait basculer très rapidement dans le cognitif, c'est-à-dire ce mélange d'intelligence et d'affectif qui assure le lien d'échange et la plus-value via l'information. Le génie du cœur 973va être au cœur des « affaires » 938, c'est même ainsi que certaines professions lucratives vont devenir obsolètes sauf à pousser à la ségrégation spatiale et à la résidentialisation sur le mode Hollywood. Mais internet va jouer comme un aspirateur de reconnaissance. Une sorte de démocratie et de marché de la contribution se met en place autour des soins aux personnes dont l'espérance de vie n'a cessé d'augmenter : l'humain s'attache plus facilement à ses enfants et plus longtemps à ses proches par la réduction des maladies et la pratique de la chirurgie sous narcotiques. Le salariat en tant qu'institution ne s'est répandu qu'au cours du xixe siècle, mais déjà 38 % des Allemands touchent un revenu de réversion ou pension. Il est donc possible que l'on passe à la forme de la contribution aux différentes activités soutenues par un revenu de base — ce qui est une proposition humaniste émise par André Gorz en premier. On le voit avec l'automatisation du commerce via internet, ceci était anticipé par Nietzsche qui disait qu'un jour ce serait les aristocrates qui feraient du commerce par loisir. En somme, le cognitif et le système marchand qui l'accompagne, passent par la contribution et allient technologies et processus de production et de distribution. Le cognitif c'est aussi rechercher le fruit de son travail mais pas seulement : c'est surtout « s'ancrer » dans un réseau, comme autrefois dans l'agora. Si le temps de travail diminue le temps passé dans les transports, lui, augmente : plus de Deux heures dans la Région parisienne. Ceci est compensé par l'apparition des nouveaux moyens de communication mobiles qui font que l'on se divertit ou que l'on travaille même dans les transports. L'enchevêtrement de tout cela conduit à faire des occupations passionnées. Ceci ne change ni la pénibilité du travail dans les métiers de restauration ou de construction, parfois d'entretien (lavage corrosif des machines). Ce travail sera souvent assuré par des sans-papiers ou des personnes habitant dans des foyers de travailleurs, ce qui rend en fait difficile le fait d'avoir une famille stabilisée, l'usage du futur n'est pas indispensable. C’est le soin porté aux machines et c’est la preuve que soigner n’a jamais voulu dire guérir ce qu’avaient compris Freud et Lacan. Plus difficile à cerner, sont les métiers de soin à la personne dont le coaching apparaît comme la part « supérieure ». Bref ce qui est de l'ordre du travail tend à être du travail « au noir » selon l'expression malheureusement consacrée : ceci est visible en France jacobine sur les chantiers des grandes majors de la construction, où 90 % du travail se fait « au noir » via des entreprises de sous-traitance ou de portage — on pensera à la livraison des bâtiments dont il ne vaut mieux pas regarder qui assure leur nettoyage. Dire « aujourd'hui la lutte c'est le pouvoir d'achat » est caractéristique des attentes de la bourgeoisie « bohême », puisque la lutte véritable est celle des sans-papiers, pour l’acquisition de droits via les « papiers », ce fait est d'autant plus prégnant qu’un plus grand nombre de populations sera pousser à migrer sous l’effet des catastrophes naturelles et des conflits militaires. Comme une loi immuable, le premier arrivé sur un territoire apparaîtra comme un roi, le détenteur des droits et notamment celui de déclarer l'urgence face aux flux migrants — c’est une des caractéristiques de la souveraineté de déclarer l’urgence et faire ainsi que la loi devienne martiale. Ce bouleversement de société touche aussi le commerce, créant une société civile via les réseaux sociaux et la Révolution numérique. La rue s'en trouve elle-même modifiée avec la disparition des petits commerces et des marchands de presse, par exemple, s'ils ne se rendent pas publics sur internet ; avec le maintien des dépanneurs (retouches, réparateurs informatiques, cordonniers-pressing) ; avec l'implantation à ses angles des banques, des agences immobilières, des pharmacies et autres laboratoires d'analyses. Les lieux de passionnés se développent et ont un modèle économique viable comme les bars à tendances ou les librairies spécialisées. La répartition en rue héritée des corporations est moins prégnante mais on retrouve tout de même, pour donner des exemples parisiens, les appareils photos boulevard Beaumarchais, les cyclomoteurs rue des Pyrénées, l’informatique rues Montgallet et de Charenton, l’habillement autour de la rue du sentier, les pompes funèbres faces aux cimetières et aux hôpitaux. L'emplacement n'a plus à être repérable. Plus fondamentalement, notre rapport à l'habiter s'en trouve modifié. Si à l'ère quantique on ne peut plus parler véritablement d'espace, il y a une uniformatisation en boîtes d'activités à la devanture anonyme reliées à un site internet qui leur assure l'arrivée de commandes. Ce local n'a plus de lien direct à la rue mais davantage à la cour ou arrière-cour et en une formule on peut dire le site permet le local. Ces boîtes quand elles n'empilent plus des activités rassemblent des habitats dans des monolithes construits autour d'une à deux cages d'escalier, ou devrait-on dire d'ascenseur. Les commerces de luxe iront de pair avec les escalators et la grande surface deviendra commerce de proximité du fait de la désaffection en ville de la voiture tant que des énergies libres ne seront pas mises en place. Avoir une voiture ce sera être un ringard, celle-ci ne servant que pour les déplacements en campagne ou les déménagements. Les voitures seront donc mutualisées sous la forme d'entreprises, elles le sont déjà sous la forme d'« associations » de covoiturage impossibles sans les sites internet, les deux vont de pair. Le choix même des personnes dépendra donc de leurs qualités cognitives, c'est-à-dire affectives et intellectuelles à la fois. N’oublions pas qu’un marché, c'est de la conversation initiée par des prescripteurs ou leaders d’opinions. Rappelons pour finir que ni le capitalisme, ni le communisme, ni le socialisme n'ont pensé fonctionner sur un autre mode que le marché, il n'y a que l'anarchisme qui ait tendance à vouloir le supprimer. Ce consensus vaut de Friedman à Bensaïd, comme ce dernier le rappelle en citant le premier. « La question cruciale n’est pas de savoir si l’on fera jouer le marché ou pas. Toutes les sociétés --- communistes, socialistes, capitalistes --- se servent du marché. La question cruciale est celle de la propriété privée. » À bon entendeurBnsLD_83 Laissons de côté la question du privatif BnsLD et de la personne privée DzAO_298/315. Si l’esclave s’est changé en automate --- on parle aujourd’hui d’un équivalentdu travail de quarante esclaves par personne en Occident (Jancovici) --- on peut se demander si l’on ne devient pas escale « en temps » d’automates, de machines. C’est aussi la question de la pension qui comme avec les Grecs antiques qui ne vivaient pas directement de la rente, qui se pose et qui va de pair avec une société du tirage au sort et de son contrôle, bref d’une société du contrôle ou de la vérification permanente (satori), non plus une société. Car si la mise en place de toue l’information sur internet a changé me rapport à la mémoire, ce qu’on à peut-être pas vu, c’est surtout qu’il touche à la croyance comme ressassement nécessaire de la mémoire. Déjà avec l’imprimerie il n’y avait plus besoin d’apprendre par cœur des manuscrits entiers, ce qui était le nerf de la guerre de l’universitaire, la pagination permettant une consultation et donc un renvoi critique. Mais surtout la mémoire est devenue une mauvaise chose. Surtout il n’y a plus besoin de croyance, se lamente Deleuze. La mémoire devient principalement affective, fragmentaire et la valeur n’a plus à être cru (car impermanente) mais à être investie et vérifiée en permanence.

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