LETTRE A HUGUES / Sur Damasio, Deleuze et ce qui vient après le baroque

LETTRE A HUGUES / Sur Damasio, Deleuze et ce qui vient après le baroque

Damasio écrit par blocs de paragraphes selon un procédé de dérivation de concepts qui évoluent et s'agrègent les uns aux autres; Cette manière d'écrire ne lui est pas propre puisque Proust et Céline écrivaient ainsi leur manuscrit, l'un ajoutant des bandelette, l'autre assemblant ces paragraphes avec des épingles à linge. Par contre, comme toute fantastique épique, il n'y a pas le franchissement de seuil mais la succession d'évènement qui rend compte de la prison du temps. Son écriture ne manque pas de force, mais sa concpetion ne met jamais directement face à un seuil, que l'on retrouverait plus facilmeent dans un essai, puisque celui-ci poserait des disctinction irréductible plustôt qu'un continuum narratif avec son pacte de lecture et de péripéties tenant en suspens.

Damasio est une traduction de Foucault (1), Deleuze (2 et bientôt 3) et bientôt Bergson (3). C'est une peu comme lire du Montaigne dans le texte ou regarder un cours de Deleuze de 1986 sur le baroque (4 et 5). Il l'amène ailleurs, il le transporse dans un autre régistre fictif, mais cette fois narratif ou romancé. Le tra-duire se retrouve dans la dérivation. Cela revèle certains aspects de la langue, l'importance du "tra" (entre, chez, à travers) en Italien et c'est ce que l'on retrouve dans la préposition po (по) en Russe, qui temoigne d'une langue et d'un mode de vie lié selon Berdaieff aux grands espaces sibériens (6). La perturbation due aux grands espaces, qui attirent les occidentaux instables selon Owen Matthews (7).

L'écriture baroque est dans la variation à l'infini, le rapport à l'interminable, elle est présente chez persque tous les philosophes d'institution (pas le temps de développer ici). Elle ne se caractérise pas par une inflexion du style mais par une inclusion de toute chose. Mais déjà les deux cours de Deleuze font entrevoir la progression que constitue les époques : Renaissance puis Classique puis Baroque puis Eclectisme et pessimisme puis Première modernité, rationelle, puis deuxième modernité, post-moderne, puis Quantique. La Renaissance est la synthèse de la con-naisssance de l'imprimerie (banque+édition) et de la perspective humaine (les humanités comme renaissance). Le classique est l'analyse des apports de la Renaissance : l'analyse des représentations via l'Idéologie (8). Le baroque c'est la transformation ou variation infinie de forme à forme à travers la courbure à variation infinie. Damasio est compris là-dedans. L'éclectisme c'est la période "fin de siècle" qui surgit quand on perd les points fondamentaux de la construction baroque (Monteverdi, Buxtehude, Bach). Viennent les deux modernités (lune dogmatique, l'autre déconstruction de la première, là encore on a une perte de repères). Puis vient la révolution quantique, qui amène l'ère de l'information indexée sur la lumière et non plus la "matière" comme avec le papier.

Notre époque, comme pour la Renaissance une grande période de synthèse et non pas d'analyse à cette différente que la synthèse n'est pas cohérente (cohérence des points de vue) mais convergence (convergence des médias et par là convergences -Stiegler- des deux hémisphères de notre cerveau pour aller contre Virilio pour qui l'écran domine l'écrit). L'écran participe de l'écrit (logique et sémantique) tout comme du visuel, chacun ayant son hémisphère cérébral préféré. C'est cela la convergence ou encore l'ambimanie que stimule l'usage du clavier ^lus que de la souris. Au niveau de la librairie pour amener la BD, il y aurait quelque chose à faire sous l'angle du chromatisme (5, début) qui vaut tant en musique qu'en peinture (avec Delacroix, Cézanne, Van Gogh, on pensera au livre de Georges Roque, Art et Science de la couleur).  Voilà pour un premier jet

~~Une fois cette seconde déconstruction ou perte de repère s'effectue, il y a un dégagement de d'un horizon. L'horizon c'est intéressant à plus d'un titre car il est marqué de conjectures, ce n'est donc en rien un astre, un repère, un récit fondateur. L'horizon, c'est surtout cet appel, cette ligne de contraste située entre le vert des arbres et le bleu du ciel, propre aux journées d'août et à laquelle, pensait nietzsche, nous n'étions plus sensible. On pénètre dès lors la patience de la passivité. Pourtant on peut subir un attrait du Dehors, une attirance pour ces couleurs contrasté, on peut appeler cela curiosité.

Ceci n'est que la reprise d'uen analyse de Nietzsche récurrente chez lui à propos des trois siècles qui ~~qui succèdent tour à tour à la Renaissance et qui vient en contre-point de son maître Jacob Burckhardt, de Vico ou de Nicolas de Cues qui voient l’homme, l’individu émergé sur fond de culture et de morale civilisatrice. Mais Nietzsche sort de la dimension de l'individu se dépassant lui-même sur fond de culture. Cette vison est le propre du héros et du génie, romantiques. Nietzsche, pourtant, prolonge l’attitude romantique, puisque ce qui est noble pur lui, n’est rien d’autre qu’une interprétation romantique de Pascal : le génie du cœur. Nous sommes simplement dans une troisième période de synthèse et ce parce que notre époque est contemporaine du baroque et de l'éclectisme dominants en art. On peut appeler cela le pluralisme, le minorat généralisé qui tient de ce que les éléments passionnés peuvent se retrouver et se stimuler à travers des groupes d’affinité. Cette synthèse, pour en revenir à notre seconde renaissance, est avant tout la synthèse des nouveaux moyens (comme les groupes de mutation) permis par les nouvelles technologies. Même si Deleuze veut voir dans l’information le contrôle, c’est-à-dire une perpétuation d’une discipline qui n’enferme plus les corps mais produits des mobiles dans un circuit avec ses barrières de contrôle

 

 

Il y a eu une tentative de retour au mysiticisme de l'Être avec Heidegger. Mais il n'est plus question à n'autre époque d'une trangression de la limite (institutionnelle). Nous sommes d'emblée au Dehors, et non pas dans un rapport d'ouverture dramatique du pathétique au dynamique (pour reprendre Pascale Criton dans l'une des vidéos). C'est n'est plus une transformation mais une transpréhension (c'est la question de l'imitation et de la trnasformation invisible chez Kafka, ces imitations que personne ne voyait quand il les faisait). transpréhension = transformation de la compréhension vers plus de complexité (quantique) et moins de subjectivité (classique, baroque ou romantique) ou le nouvel entendement de Spinoza sauf que criticant Descartes, il faisait pire, il chassait les affects et les passions ce que ne fait ps Descartes dans sa correspondance). Les affects étant ce à quoi on se sensibilise à travers la litttérature entre deux pensées (Nietzsche met l'accent dessus). Mais comme le chromatisme (XVIIIe en musique, XIXe en peinture), l'attention aux affects est très récente (XXe en politique, XXIe en marketting).

 

Pour en revenir aux blocs d’écriture par intensité, plus simplement appelés fragments, que 'lon retrouve dans les manières d'écrire baroque et moderne, le paragraphe de dérivation donc n'est pas la même chose que le point de bascule, qui est un seuil franchi dans la transformation. Cela se retrouve dans le rapport du mysticisme à l'érotisme (9). Toute métaphysique s'est vécue comme une perversion (10), un immoralisme à définir de manière supérieure la morale des inférieurs et des subalternes. Cela voulait dire jouer avec les règles, les pervertir, les subvertir, machiner, plutôt que d'inventer des règles qui sont liées tant au langage qu'à l'affectif au travers de l'érotique. Il y a face à cela toujours eu deux attitudes l’une qui consiste à réduire l’inachevable, l’intraitable, à dénigrer à la manière de Lacan les affects pour signifier que nous sommes inclus et structuré le langage jusqu’à notre propre inconscient ; l’autre qui consiste à utiliser le ressort d’endurance et de résistance des affects pour amener à des transformations qui oblitèrent le langage qui juge par déclarations. D’ailleurs pour confirmer la conception continuiste du paragraphe en dérivation, Damasio semble être plus dans l'Ouvert que dans le Dehors (11). Ouvert et Dehors sont deux cadre de pensée, deux image bien différentes de la pensée. L'Ouvert prévaut de la Renaissance à la révolution quantique, le Dehors ce qui vient à partir de cette dernière. Damasio comme Deleuze (dans ses livres de 1983 à 1986) entrevoient le Dehors. Mais Deleuze est incapable d'épuiser (selon ses termes) l'apport de Guattari, car celui-ci est au Dehors, non dans la subjectivité mais dans la complexité (qu'il nomme nouvelle subjectivité). C’est là que Deleuze perçoit aussi qu’il n’atteint pas le seuil.

(1) la zone

(2) la horde

(3) le troisième roman

(4) http://www.youtube.com/watch?v=biq7dD9qZ1Y

(5) http://www.youtube.com/watch?v=Moi8WyTsfRM

(6) http://www.paris-philo.com/article-l-influence-du-territoire-siberien-sur-la-langue-russe-105463857.html

(7) Je me souviens d'un entretien dans l'Obs mais cela doit se retrouver dans ses livres.

(8) cf. Michel Foucault, Les mots et les choses.

(9) Cf. la préface à la Transgression de Foucault, rééditée en février 2012.

(10) voir la deuxième minute d’une des vidéos.

(11) La distinction est explicitée par Alain Beaulieu dans sa thèse sur Deleuze publiée.

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premiere version de cette lettre

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publiée le 24/06/2012 à 13:40

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    • [rencontre avant-hier avec Alain Damasio chez Hugues, ceci est un précipité]
    • 224_Alain_Damasio.jpg
    • Damasio écrit par blocs de paragraphes selon un procédé de dérivation de concepts, seulement comme toute fantastique il n'y a pas le franchissement de seuil, il manque de force en cela. C'est pour cela que je préfère les essai plus rudes à la tâche. Par contre la dérivation que je retrouve dans le tra-ducire m'apporte aussi, je parle par exemple de regarder un film sous-titré dans une autre langue. Damasio est une traduction de Foucault (I), Deleuze (II et bientôt IV) et bientôt Bergson (IV). C'est une peu comme lire du Montaigne dans le texte ou regarder ce cours de Deleuze sou-titré en italien (a et b). Cela revèle certains aspects de la langue, l'importance du "tra" (entre, chez, à travers) en Italien et c'est ce que l'on retrouve dans la préposition po (по) en Russe, qui selon moi et selon Berdaieff quelque part est lié aux grands espaces sibériens (c). La perturbation des grands espaces qui attire les occidentaux instable selon Owen Matthews (je me souviens d'un entretien mais cela doit se retrouver dans les livres). L'écriture baroque est dans la variation à l'infini, le rapport à l'interminable, elle est présente chez persque tous les philosophes d'institution (pas le temps de développer ici). Mais déjà les deux cours de Deleuze font entrevoir la progression Renaissance-Classique-Baroque-Eclectisme ou pessimisme-quantique comme synthèse de la con-naisssance de l'imprimerie (banque+édition) et de la perspective humaine (les humanités comme renaissance). Le classique est l'analyse des apports de la Renaissance (l'analyse des représentations via l'Idéologie, cf. les mots et les choses). Le baroque c'est la transformation ou variation infinie de forme à forme à travers la courbure à variation infinie (Damasio est dedans). L'éclectisme c'est la période "fin de siècle" quand on perd les points fondamentaux de la construction baroque (Monteverdi, Buxtehude, Back). Puis vient la révolution quantique, qui amène l'ère de l'information indexée sur la lumière et non plus la "matière" comme avec le papier. C'est comme pour la Renaissance une grande période de synthèse et non pas d'analyse à cette différente que la synthèse n'est pas cohérente (cohérence des points de vue) mais convergence (convergence des médias et par là convergences -Stiegler- des deux hémisphères de notre cerveau pour aller contre Virilio pour qui l'écran domine l'écrit). L'écran participe de l'écrit (logique et sémantique) tout comme du visuel, chacun ayant son hémisphère cérébral préféré. C'est cela la convergence, l'ambimanie du clavier (aussi).

      Au niveau de la librairie pour amener la BD, il y aurait quelque chose à faire sous l'angle du chromatisme (b au début) qui vaut tant en musique qu'en peinture (avec Delacroix, Cézanne, Van Gogh voir George Roque Art et Science de la couleur). Le premier chromatisme est italien alors que le second est français (via l'école des gobelins qui prépare les nouveaux pigments, la rationalisation de la peinture en tube).

      Voilà pour un premier jet

      (I) la zone
      (I) la horde
      (IV) le troisième roman
      (a)
      http://www.youtube.com/watch?v=biq7dD9qZ1Y
      (b) http://www.youtube.com/watch?v=Moi8WyTsfRM
      (c) http://www.paris-philo.com/article-l-influence-du-territoire-siberien-sur-la-langue-russe-105463857.html

  •  
    • C'est une reprise de l'analyse nietzschéenne des trois siècle qui suivent la renaissance et qui vient en contre champ de son mâitre Jacob Burckhardt (les tenants de Vico ou de Nicolas de Cues ne seraient pas très loin de ça). Mais Nietzsche sort de la dimension de l'individu sur fond de culture qui est le propre du héros romantique. Nous sommes simplement dans une grande période de synthèse, même si le baroque (Damasio) et l'éclectisme (en archi par ex. Badia-Berger) sont domminants.

      Pardon c'est très dense.

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    • Le paragraphe de dérivation donc n'est pas la même chose que le point de bascule. Ca a des conséquences dans le rapport du mysticisme à l'érotisme (cf. préface à la Transgression de Foucault, (re)sortie en février). Toutes la métaphysique s'est vécu comme une perversion (voir la deuxième minuté). Cela voulait dire jouer avec les règles, les pervertir, les subvertir, machiner, plutôt que d'inventer des règles qui sont liées tant au langage qu'à l'affectif au travers de l'érotique.

  •  
    • Il y a eu une tentative de retour à la mysiticisme de l'Être avec Heidegger. Mais il n'est plus question à n'autre époque d'une trangression de la limite (institutionnelle). Nous sommes d'emblée au Dehors, et non pas dans un rapport d'ouverture dramatique du pathétique au dynamique (pour reprendre Pascale Criton dans l'une des vidéos). C'est n'est plus une transformation mais une transpréhension (c'est la question de l'imitation et de la trnasformation invisible chez Kafka, ces imitations que personne ne voyait quand il les faisait).

  •  
    • transpréhension = transformation de la compréhension vers plus de complexité (quantique) et moins de subjectivité (classique, baroque ou romantique)

    • ou le nouvel entendement de Spinoza sauf que criticant Descartes, il faisait pire, il chassait les affects et les passions ce que ne fait ps Descartes dans sa correspondance). Les affects étant ce à quoi on se sensibilise à travers la litttérature entre deux pensées (Nietzsche met l'accent dessus).

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    • Mais comme le chromatisme (XVIIIe en musique, XIXe en peinture), l'attention aux affects est très récente (XXe en politique, XXIe en marketting).

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    • Pour en revenir à Damasio, il me semble plus être dans l'Ouvert que dans le Dehors (la distinction est explicitée par Alain Beaulieu dans sa thèse sur Deleuze publiée). L'Ouvert est ce qui vaut de la Renaissance à la révolution quantique, le Dehors ce qui vient après. Damasio comme Deleuze (dans ses livres de 1983 à 1986) entrevoient le Dehors. Mais Deleuze est incapble d'épuiser (selon ses termes) l'apport de Gauttari, car celui-ci est au Dehors, non dans la subjectivité mais dans la complexité (qu'il nomme nouvelle subjectivité).

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