Claude Hermant

Claude Hermant

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​Parcours

Claude Hermant a quitté les parachutistes en 1982 au grade de sergent, a été volontaire auprès des légions croates pendant la guerre de l’ex-Yougoslavie, puis barbouze au Congo à la fin des années 90. Entre 1994 et 1999, il a été membre du Département protection et sécurité (DPS) du Front national, avec lequel il est aujourd’hui brouillé. Il est soupçonné d’être impliqué dans le réseau qui a fourni des armes à Amedy Coulibaly, auteur de l’attaque contre l’Hyper Cacher le 9 janvier 2015. Vrai trafiquant ou juste un infiltré abandonné par sa hiérarchie ? aux journalistes de la Voix du Nord, il déclare pendant son procès : « Je ne serai pas le prochain Marc Fievet », du nom de cet ancien douanier français infiltré chez les narcotrafiquants, lâché par sa hiérarchie après avoir été arrêté au Canada et incarcéré onze ans. En octobre 2011, il était l’un des organisateurs de la manif identitaire à Lille du 8 octobre, avec Serge Ayoub* (voir la vidéo plus bas, l'homme face à l'ordinateur). La friterie où Claude Hermant travaille, la Frite Rit, rue de Solférino à Lille, dont le fonds appartient à sa compagne, était le QG de militants de l’ultradroite lilloise. Le week-end, Hermant animait des séances de paintball à Ennetières-en-Weppes, dans la campagne lilloise. Nous reprenons les informations d'un article de Libération (0). Il pourrait être au vu de son parcours paramilitiare un indicateur de la Gendarmerie (1).

Faits
En 2008, participe à la création de la Vlaams Huis, la Maison du peuple flamand, basée à Lambersart, commune jouxtant la métropole lilloise. L'un de ses habitués, Yoan Mutte, est impliqué dans l'attaque du du bar gay le vice-versa, bar qui avait subi une violente agression homophobe en 2013, en marge d’une manifestation contre ontre le Mariage pour tous, Mutte, en plus de taper sur des homosexuels, appartenait au mouvement Troisième voie de Serge Ayoub, que celui-ci a auto-dissout après l'assassinat du jeune militant antifasciste Clément Méric, lors d’une rixe avec des skinheads proches de Serge Ayoub. L'un des assaillants  serait Flavien Metgy, employé lui aussi de la Frite Rit, lui aussi ancien membre du groupuscule Troisième Voie et leader identitaire local.
Fin Janvier 2015, des nouvelles données par la presse quotidienne régionale (2) indiquent que Claude Hermant, sa compagne et un troisième homme sont désormais en détention provisoire. Mis en examen et écroué fin janvier pour une possible implication dans un trafic d’armes, les enquêteurs le soupçonnent désormais d’avoir également armé, directement ou indirectement, l’auteur de la fusillade de Montrouge le 8 janvier et de la prise d'otage de l'Hyper Cacher du 9 janvier. On le voit manier ces mêmes armes dans un documentaire sur le survivalisme.


Documents

Claude Hermant et ses révélations sur la milice paramilitaire du Front national, le Département Protection et Sécurité (DPS) de Bernard Courcelle (3). Le second article (4) concerne les techniques d'infiltration des mouvements anti-racistes du Front national pour faire monter l'insécurité dans les quartiers à faible électorat FN.

Claude Hermant
Claude Hermant

Ce témoin est un soldat perdu. Un soldat du Front national. Il révèle, à visage découvert, l’existence jusqu’en 1999 d’un groupe paramilitaire secret au sein du FN. Non pas celui des gros bras déjà connus, mais ce qu’il appelle «30 à 60 fantômes»: une sorte de «service action» du FN, mis en place par Bernard Courcelle, l’ancien chef du DPS ­ de 1994 à 1999. Claude Hermant, 38 ans, a été membre du service d’ordre du FN, Département Protection et Sécurité, DPS, pendant six ans.

Recruté par Courcelle, il a suivi son patron, début 1999, lors de la scission du Front. Mal lui en prend. Courcelle, qui a annoncé son ralliement à Bruno Mégret, est chargé d’une mission de sécurité par le Congo de Denis Sassou N’Guesso. Il fait partir Hermant, et plusieurs membres de l’ex-DPS, à Brazzaville. L’opération tourne mal. Hermant est incarcéré durant sept mois, avant d’être gracié par le président Sassou (Libération du 14 mai). Courcelle est venu témoigner contre lui. Libéré, Hermant coupe les ponts. Le service d’ordre auquel il a appartenu s’est scindé en deux: les uns sont restés au DPS de Le Pen, les autres ont rejoint le DPA (Direction Protection Assistance) de Bruno Mégret.

«Fantômes». «Le DPS est actuellement fragilisé, car en pleine restructuration sur les deux Fronts, écrivait Hermant à la justice congolaise en 1999, il est du pouvoir médiatique d’effacer définitivement cette armée des ombres en faisant éclater la vérité.» Il parle d’un «système hors la loi», dont il désigne «la tête pensante»: Courcelle. Une force de frappe secrète chargée, selon Hermant, d’infiltrer les «ennemis» (Ras l’Front ou SOS Racisme) et des bandes de jeunes susceptibles d’accentuer le climat d’insécurité dans certains quartiers, non acquis au Front national. Bernard Courcelle, ancien capitaine d’un régiment de parachutistes d’infanterie de marine et ex-informateur de la DPSD (direction de la protection et de la sécurité de la Défense), aurait calqué sa structure de sécurité sur celle des services spéciaux. Un service action, un service de renseignement et un découpage territorial de la France en six grandes zones géographiques calquées sur les zones militaires.

Hermant n’est associé à la structure dite des «fantômes» qu’en 1997. Auparavant, il est rodé et testé à des missions de sécurité ou des combats de rue à l’occasion des meetings du FN ou de contre-manifestions. Dans cette période, Hermant rejoint la crème du DPS, un «groupe de choc» composé de 200 ex-militaires ou baroudeurs sur la touche. Tantôt enrôlés sous le vocable d'«unité mobile d’intervention» (UMI), dotés d’un équipement semblable à celui des CRS, les gros bras endossent aussi une tenue civile plus discrète, dite «tenue numéro deux», pour infiltrer des associations ou mener des «expéditions punitives» dans des banlieues. Ces faits ont été relatés par la commission d’enquête parlementaire de l’Assemblée nationale, dans son rapport de mai 1999. Le député Bernard Grasset (PS) en dressait un constat accablant: «Loin du service d’ordre classique […], c’est un mouvement aux accents paramilitaires marqués, qui n’hésite pas à provoquer, intimider voire "faire le coup de poing". Tour à tour service d’ordre musclé, pseudo-police, garde prétorienne et service de renseignement, il inscrit son action dans un substrat de violence et de haine typique de la culture d’extrême droite.»

Barbouzeries. Pour les combats de rue, Hermant a le profil. Sportif de haut niveau, champion de boxe américaine, catégorie super-lourds, dans les années 80, para, il a fait ses classes à Beyrouth au 1er régiment de chasseurs parachutistes, il a combattu à deux reprises en Croatie dans la 106e brigade de volontaires étrangers. En 1997, Hermant suit 90 jours de formation intensive au siège du FN, destinée à lui apprendre les rudiments de l’action clandestine. Libération a pu consulter les feuillets remis aux stagiaires «fantômes». Il y est question d’espionnage, «buts et formes». De la «conduite à tenir pour éviter d’être compromis». Du «recueil de documents, plans ou matériels (vol, photographies)». Des directives liées au secret en général («le nom des chefs ne doit pas être divulgué à des inconnus»). Des fiches techniques ­comprenant des recettes miracles pour fabriquer des explosifs sont aussi distribuées par les instructeurs.


Le secret est total. «Il est évident qu’un tel programme ne peut fonctionner qu’en distribuant des moyens financiers aux "fantômes", expliquait Hermant à la justice congolaise. Ils sont indétectables, car ils fonctionnent avec de faux papiers, fournis par Courcelle, et de beaucoup d’argent liquide. Il leur interdit de téléphoner, écrire ou faire quelque chose qui laisserait des traces et relierait le "fantôme" au Front ou à Bernard Courcelle. Ils sont nomades et indépendants».

Le coût financier de cette structure est chiffré par Hermant à plusieurs millions de francs annuels. Un budget que Courcelle aurait couvert lui-même, par des opérations internationales de mercenariat ou de vente d’armes, comme ses ventes d’armes aux forces tchétchènes, via la Croatie. En 1998, les services de police ont d’ailleurs détecté, grâce à leurs indicateurs, des circulations d’armes de guerre ­d’origine croate­ parmi les membres du DPS.

Claude Hermant témoigne d’autres projets africains. Projets putschistes, barbouzards, généralement rétribués assez chers. La dernière opération aurait visé à l’élimination de l’ancien ministre des Finances congolais réfugié en France, Moungounga N’Guila, à la demande du ministre de l’Intérieur congolais Pierre Oba. Opération finalement annulée, en mars 1999. Niché dans l’appareil frontiste, le groupe «opérationnel» de Courcelle était donc utilisé pour des missions qui dépassaient largement le cadre du FN. L’enquête que devraient provoquer ces révélations dira jusqu’à quel niveau le Front national a pu être informé des barbouzeries de Courcelle. En 1999, le DPS avait échappé de peu à la dissolution. L’explosion du FN avait rassuré les parlementaires. «La réponse qui doit être apportée aux agissements du DPS, écrivait ainsi le député Bernard Grasset, doit s’inscrire dans le présent, caractérisé par la scission de fait du service d’ordre du FN.» Une conclusion bien timorée au terme de plusieurs dizaines d’auditions, dont celle de Bernard Courcelle, qui a depuis pris ses quartiers au Bénin.

Renaud Dély et Karl Laske, « Confessions d'un «fantôme» », Libération, le 6 juin 2001.

En mars 1999, Claude Hermant fait partie d’un groupe de mercenaires qui a été envoyé au Congo, sur ordre de Bernard Courcelle, l’ancien chef du service d’ordre du Front national, Département Protection et Sécurité, DPS. Il a été arrêté deux mois plus tard, et condamné, fin 1999, pour un complot qui était en réalité fomenté par le pouvoir.

Etait-il courant que des membres du DPS soient enrôlés pour des missions de ce genre?

J’ai commencé à travailler pour le DPS en 1994. Le rôle officiel du DPS est d’assurer la protection des meetings, des permanences, des défilés. Ou la protection rapprochée des cadres du Front. Mais, en 1997, j’ai été contacté par Bernard Courcelle pour faire partie d’une structure spéciale. C’était un groupe composé de 30 à 60 personnes, chargé d’opérations clandestines en France ou à l’étranger à la demande de pays alliés. Les membres de ce groupe spécial sont appelés les «fantômes». Ils ont tous une formation militaire ou paramilitaire.

De quel genre d’opération s’agit-il?

En 1997, j’ai suivi une formation de 90 jours au siège du Front national. Ces cours, très techniques, nous étaient donnés par d’anciens fonctionnaires du renseignement. Ils portaient notamment sur l’infiltration et la manipulation de foule. Après cette formation, il m’a été demandé d’infiltrer des organisations telles que Ras l’Front dans le Nord. Il s’agissait d’être informé et de prévenir les actions de contre-manifehttp://www.liberation.fr/societe/2001/06/06/confessions-d-un-fantome_367082station lors de nos meetings. J’ai recruté moi-même des membres du DPS pour cette mission. Au plan national, Ras l’Front, Sos Racisme et Act Up étaient nos priorités pour l’infiltration. Je sais qu’une infiltration a été possible au siège national de Sos Racisme. C’est du renseignement. C’est malsain. Le second type de mission demandé aux «fantômes» consiste à organiser la déstabilisation de certains quartiers ou des villes qui ne sont pas acquises aux idées du Front. Là encore, il faut infiltrer. Prendre contact avec des bandes. Inciter à la violence ou à la rébellion. Fournir la logistique dans des quartiers sensibles pour donner aux jeunes la possibilité de s’exprimer par la violence. Dans un quartier, si vous mettez le feu à une voiture, dans l’heure qui suit, neuf fois sur dix vous en avez quinze autres qui brûlent.

Est-ce que ça vous paraît correspondre au discours du Front national?

Non, mais en faisant avancer l’insécurité vous faites progresser l’électorat du Front. Si l’insécurité gagne le coeur des Français, le Front peut être là avec ses solutions.

Quand avez-vous été chargé de ce type d’opération?

Après avoir effectué ma formation. Nous étions chargés de constituer, chacun, une équipe. Dès lors, Bernard Courcelle nous donnait les missions. C’était géré au niveau national. Les quartiers favorables au Front ne sont pas concernés. Par contre, on va nous demander de mettre la pression sur les quartiers ou les villes où le Front fait de trop faibles scores.

Comment s’organisent concrètement les contacts entre les membres de ce groupe?

Nous ne sommes plus sous les ordres de nos responsables départementaux, et nous prenons nos ordres directement de Bernard Courcelle. C’est une structure à part. Entièrement auto financée par Courcelle. Les «fantômes» sont autonomes financièrement. Ils reçoivent un salaire en liquide, des faux papiers et tous les moyens nécessaires à leurs opérations. Quand vous avez des besoins spécifiques, on vous les donne. Pour payer un jeune pour mettre le bordel dans les quartiers, pour avoir les moyens de se déplacer, de louer une chambre d’hôtel. Les «fantômes» sont en autarcie complète. Ils font leurs deman des à travers ce qu’on appelle des «boîtes aux lettres». En l’occurrence, il s’agit d’une permanence téléphonique assurée, pendant une heure, une fois par semaine, dans une cabine publique.

D’autres missions plus violentes vous ont-elles été demandées?

Lors de certaines réunions, j’ai entendu parler d’attentats à l’explosif sur la région de Nice. De missions de surveillance ou d’écoutes de membres de l’opposition ou d’élus dans certaines villes. Mais aussi de surveillances demandées par des autorités étrangères amies, com me le Congo.
D’où provenait à votre avis l’argent de ces opérations?

Les opérations étaient entièrement financées, si ce n’est par le Front, en tout cas par Bernard Courcelle au moyen de contrats de sécurité à l’étranger, du mercenariat ou du trafic d’armes.

En 1996, Bernard Courcelle a été mis en cause avec le trafiquant belge Marti Cappiau, pour une vente d’armes litigieuse aux forces tchétchè nes.

Qu’avez-vous su de cette opération?

M. Courcelle a proposé aux Tchétchènes de leur fournir des instructeurs et des armes. Il a demandé à Marti Cappiau d’ouvrir des comptes en banque, et les Tchétchènes ont fait un premier versement d’un million de dollars. Ils ont demandé un matériel spécifique, assez récent comme des Kalachnikov AK-74, que Bernard Courcelle était capable de vendre sous 24 heu res. Mais, à ma connaissance, on leur a fourni des armes datant de l’après-guerre, des AK-47. Les Tchétchènes ont demandé réparation. M. Courcelle a toujours les Tchétchènes derrière lui, pour payer sa dette.

Qu’est-ce que l’ex-DPS venait faire, en mars 1999, dans une fausse tentative de putsch au Congo?

Le DPS a été très présent en Afrique, ces quatre dernières années. En 1997, on avait déjà des membres du DPS engagés dans le soutien à Mobutu au Zaïre. Au Congo, quand Denis Sassou N’Guesso a repris le pouvoir, il a été proposé à Bernard Courcelle d’ouvrir une entreprise de sécurité à Pointe-Noire pour récupérer les «Cobras» revenant du front et les former au renseignement et aux combats de ville. Les instructeurs étaient membres du DPS. En 1999, Bernard Courcelle a vu l’opportunité de rendre un nouveau service au pouvoir. Marti Cappiau, son associé dans l’affaire tchétchène, avait vendu des armes au précédent président, Pascal Lissouba ­ renversé en 1997. Il rencontrait régulièrement des membres de l’opposition. Moyennant finances, et à travers moi, Courcelle lui a demandé de faire croire à l’opposition qu’il venait de décrocher un contrat de sécurité auprès du Président, et qu’il était possible de le faire assassiner. Quand nous sommes partis au Congo, plusieurs responsables militaires de l’opposition étaient persuadés que leurs hommes étaient en place là-bas. C’est ce qu’on appelle une intoxication. Le ministre de l’Intérieur Pierre Oba en était informé.

Dans ce cas, pourquoi avez-vous été incarcéré?

J’ai recruté moi-même les membres de l’équipe, au sein du DPS. Nous avons effectué des missions d’encadrement militaire sur Pointe-Noire et Brazzaville, jusqu’au mois de mai. Nous avons continué à faire croire à l’opposition que nous étions en mesure d’effectuer un coup d’Etat. Tous les soirs, je téléphonais en ce sens à Paris. Ces appels étaient enregistrés par moi-même et l’un des responsables de la sécurité présidentielle. Courcelle et Marti Cappiau avaient fait venir trois hommes qui n’étaient pas dans le secret, et qui ont été arrêtés dès le 29 mars. L’idée du ministre de l’Intérieur Pierre Oba était d’en faire les responsables du faux coup d’Etat, de les faire abattre sur une tentative d’évasion. Je me suis opposé à cette exécution. C’est pourquoi j’ai été moi aussi arrêté le 17 mai. Je me suis retrouvé accusé comme les autres de complot. Je n’ai évidemment pas baigné dans un réel projet de coup d’Etat. Pendant trois semaines, j’ai formé des Saspen (Service d’actions spéciales de la police nationale) aux combats de ville. Avec d’autres DPS, nous avons aussi participé à des opérations de police.

Dans quelles conditions avez-vous été graciés?

Nous étions quatre emprisonnés, et nous avons réussi à nous évader des locaux de la sûreté congolaise, le 5 juin 1999. Nous avons rejoint l’ambassade de France, qui nous a remis aux autorités six jours plus tard. Mais les Congolais ont cherché un compromis pour obtenir notre silence. J’ai écrit au président Denis Sassou N’Guesso pour lui expliquer que j’avais travaillé dans cette affaire à la demande du ministre de l’Intérieur, pour infiltrer l’opposition et mettre un coup d’arrêt à la déstabilisation du pays. Nous avons été graciés au lendemain de notre condamnation. Mais l’ancien président Pascal Lissouba et son ministre de finances Moungounga N’Guila ont été condamnés à vingt ans de prison par contumace.

Avez-vous été dans la confidence d’autres opérations à caractère international ?

D’abord l’ex-Zaïre. Lorsque Mobutu a été rapatrié en France, c’est avec l’aide du DPS. Nous avons eu le projet de l’aider à reconquérir le pouvoir. Militairement, il s’agissait d’utiliser deux planeurs pour bombarder la résidence de Kabila. Ils devaient porter chacun une bombe de 250 kilos, afin de percer le plafond blindé de la résidence. L’opération, qui devait démarrer de Brazzaville, a été annulée sur intervention de Denis Sassou N’Guesso.Ensuite, il y a eu le Niger. C’était un projet d’assassinat du président Ibrahim Baré Maïnassara. Nous devions monter un projet de formation de la garde présidentielle, et profiter de cette posi tion pour le faire exécuter. Finalement, le contrat nigérien n’a pas été signé: nous sommes partis au Congo. Mais j’ai appris là-bas l’exécution du président nigérien par des membres de sa garde personnelle.

Avez-vous eu connaissance de missions de ce type sur le territoire français?

Fin 1998, le ministre de l’Intérieur congolais Pierre Oba a demandé à Courcelle de surveiller l’ancien ministre Moungounga N’Guila. Oba le soupçonnait d’être le bailleur de fonds du soulèvement. M. N’Guila vit dans la région parisienne. La mission nous a été confiée par Courcelle. Avec d’autres DPS, nous avons monté notre planque, dans un bosquet. Equipés de jumelles le jour, et de lunettes infrarouges, la nuit. On arrivait au matin, vers 6 heures, et on repartait vers minuit. Cette mission a duré trois mois, de décembre 1998 à mars 1999. Je me suis alors aperçu que la surveillance avait pour but la préparation d’un attentat. Courcelle avait réuni les conditions et le matériel nécessaires: deux pains de 250 grammes de plastic et un dispositif de traction qui devait être posé sur la roue de la voiture de M. N’Guila. Tout ceci a été préparé dans une ferme prêtée pour l’occasion par un mem bre de la famille de Courcelle. A aucun moment durant cette période, je n’ai été mis au courant d’un projet d’attentat sur le territoire français. Je me suis violemment opposé à cette action. Devant ma désapprobation totale, le projet a été annulé in extremis. Je me tiens prêt à témoigner devant la justice sur cette affaire, comme sur les autres d’ailleurs.

« Nous venons d’apprendre que le ministre de l’Intérieur a opposé le secret défense aux juges lillois qui instruisent l’enquête… » Ce qui ne perturbe en rien les proches de Claude Hermant, ex-mercenaire d’extrême droite, au cœur d’un vaste trafic d’armes.
Le secret défense touche désormais l’affaire Claude Hermant, au centre d’un trafic d’armes présumé... PHOTO archives ÉDOUARD BRIDEVDNPQR
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Au contraire, l’intervention de Bernard Cazeneuve ne ferait qu’ajouter de l’eau au moulin de l’inculpé, présumé innocent. Elle repose la question de la nature des liens supposés avec les attentats de Paris. « Le fait que le nom de Coulibaly n’apparaisse jamais dans le dossier de Claude Hermant ; que celui-ci n’ait jamais été interrogé à ce propos, nous rassure… », poursuit une source familiale. La justice fera-t-elle un jour la jonction entre les deux affaires ? L’interrogation se fait de plus en plus lancinante.
Cinq armes... et 200 autres
Selon nos confrères de Médiapart, complétant nos propres informations, cinq armes, numéros de série à l’appui, auraient transité par la société de la compagne de Claude Hermant avant de se retrouver dans l’arsenal de Coulibaly. « Oui, Claude Hermant a bien vendu des armes neutralisées mais à S.L. (arrêté depuis par la police judiciaire lilloise). »Cette figure du grand banditisme roubaisien« était une cible prioritaire signalée à la gendarmerie par Claude Hermant »dont nous avons établi qu’il était un agent de renseignement de la section de recherche de Lille… « Ce que S.L. a fait de ces armes, nous n’en savons rien », poursuit l’entourage de l’ex-barbouze. Sous-entendu : comment a réagi la gendarmerie aux informations de son indic ? Si cette dernière se refuse à tout commentaire (notre édition du 12 août), Claude Hermant a, lui, mis en cause deux gendarmes et un agent des douanes.
Face au juge d’instruction lillois, l’un de ces gendarmes aurait, selon Mediapart, soulevé le caractère secret de ses missions. Bernard Cazeneuve, après avis de la commission consultative du secret défense, a brandi cette carte, cadrant les investigations lilloises. Reste une question. Si cinq armes achetées par Claude Hermant se sont retrouvées entre les mains de Coulibaly, qu’en est-il des « 200 autres » répertoriées par les enquêteurs ?
Claude Hermant vient de voir une nouvelle demande de mise en liberté rejetée. « Il en formulera une autre dans quatre mois. »
Rappel des faits
Le 8 janvier 2015, Amedy Coulibaly tue une policière municipale à Montrouge (92). Le lendemain, il prend en otage les clients d’une supérette casher à Paris. Il en tue quatre… Il sera abattu lors d’un assaut du RAID.

Patrick Seghi, Affaire Claude Hermant: le secret défense qui ajoute au trouble, La Voix du Nord, 25 septembre 2015

Sources
(0) Haydée Sabéran, « Trafiquant ou infiltré, Claude Hermant, le trouble de l’identitaire », Libération, 12 mai 2015.

(1) Benjamin Duthoit, « Trafic d’armes présumé de Claude Hermant: la piste Coulibaly se confirme », La voix du Nord, 3 mai 2015.

(2) Frédérick Lecluyse, « Trafic d’armes : détention confirmée pour Claude Hermant et sa compagne », La voix du Nord, 29 janvier 2015.

(3) Renaud Dély et Karl Laske, « Confessions d'un «fantôme» », Libération, le 6 juin 2001.

(4) Karl Laske, « «Inciter à la rébellion» », Libération, le 6 juin 2001.

(5) Patrick Seghi, « Affaire Claude Hermant: le secret défense qui ajoute au trouble  », La Voix du Nord, 25 septembre 2015.
 

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