La Philosophie à Paris

LETTRE A ALAIN BADIOU / Sur les 4 Vérités

28 Juillet 2007, 09:10am

Publié par Le Cazals

lundi 5 mars 2007 01:33
À : alain badiou
Objet : Vous êtes à la fois juge et parti K12

A la relecture de certains extraits de vos livres me sont apparus certains problèmes.

Je vous les donne en vrac :

Toute suture est une exagération car… la philosophie aggrave les problèmes. Suturées à une de ses conditions, elle lui prête des vertus que, de l’intérieur de l’exercice de cette condition, on ne saurait entrevoir MP_57. ? Recroiser
mathématique et philosophie est l’opération nécessaire pour qui veut en finir avec la puissance des mythes C_176. *
la norme des mathématiques <dianoia> ne saurait être le vrai, car le vrai ne se laisse rejoindre par une fiction OT_42. …la pensée mathématique, comme toute fiction est un acte OT_43. Pour un platonicien, l’Idée désigne explicitement
le nouage de la mathématique à un réel, nouage dont se soutient qu’il y ait sens à parler de vérités mathématiques OT_112.
La philosophie est ce lieu de pensée où les vérités (non philosophiques) sont saisies comme telles, et nous saisissent C_68 La vérité est que cette désintrication rend inopérante la prolifération de la mort de Dieu. Athées, nous n’avons pas les moyens de l’être, tant que le thème de la finitude organise notre pensée C_164.
Quand elle s’imagine produire la vérité, la philosophie cède sur sa modération, sa vertu critique. Elle devient une prescription angoissante, un commandement obscur et tyrannique C_72.

Il apparaît non dans ces citations mais dans toute votre oeuvre que les mathématiques sont à la fois l'une des conditions de la philosophie, mais aussi se trouvent être dans la première pince de vérité (mathémique comme
ontologie) mais aussi dans la seconde (logique comme démonstration c'est-à-dire la dianoia ou mathématique). Enfin Comment se fait il que les vérités non philosophiques mathématiques soient la condition du "nouage dont se soutient qu’il y ait sens à parler de vérités mathématiques" mais aussi soient la justification de l'espace de vérité "lieu de pensée où les vérités (non philosophiques) sont saisies comme telles, et nous saisissent" tout en sachant que la fiction de savoir qui est l'une des pince de vérités est la dianoia or "la norme des mathématiques <dianoia> ne  aurait être le vrai, car le vrai ne se laisse rejoindre par une fiction"

Ainsi semble-t-il vous avez suturer la mathématique à la philosophie et  aggraver certains problèmes

Si l'on considère qu'il existe 4 genres genres de vérités : c'est une des constantes de la philosophie de s'écarter des faits (les mots du discours et les états de choses), on retrouve cela de Nietzsche ("il n'y a pas
de faits il n'y a que des interprétations" "s'écarter des faits") ou chez vous ("se soustraitre aux faits" in ''Penser la politique''). Les mauvaises langues diront que Nietzsche en reste aux interprétations, pourtant au delà des
vérités de faits (1°) qui relèvent du "je jure de dire toute la vérité rien que la vérité" que la police scientifique a mis bien à mal, il existe d'autres "dimensions" de vérités. 
2°) les vérités tacites comme celles qui touchent par exemple à l'existence des chambres à gaz (qui demeure improuvable, ce qui a permis le négationnisme), les vérités tacites touchent aux disparitions et aux résurrections, on est dans l'ordre des visibilités, il ne peut y avoir que des témoins. Les énoncés chez Foucault sont les vérités tacites des strates de discours. Quant aux résurrections *, ce sont les crises d'épilepsie à l'origine des religions
(des scientifiques ont émis cette hypothèse, avec tout le rapport au désert, Mahomet était épileptique), on peut penser la résurection mythifié du Christ, (il s'est peut-être simplemement remis de ses blessures et est parti avec
Marie-Madeleine, allez savoir). Rien ne peut le prouver. 3°) Les vérités génériques ou vérités totales qui contiennent un part innommable (ce sont communément les vérités éternelles ou philosophique comme extension des
vérités mathématiques chez Platon, Descartes et vous). "Dans le réel ... les vérités sont rares et précaires, leur action est restreinte" Abrégé de Métapolitique P.26. Ces vérités contrairement aux précédentes sont suturées aux
régime discret de la démonstration, après que l'on est distingué des genres ou des substances abstraits. Les realiser reviendrait à produire des catastrophes et des désastres aux dires même de Badiou (in ''Conditions'', ''D'un
désastre obscur''). 
4°) Les vérités processuelles ou d'effectuation, ce sont chez Deleuze la constitution des blocs d'espaces-tremps, les lignes de fuites créatrices, chez Whitehead, pour parler d'une référence commune, ce sont les transmutations
(les superjets ayant peut-être plus à voir avec les "vérités" tacites). Elle répondent à la question ''comment ça marche ?'', ''comment ça s'est passé ?''. On est dans les processus-devenir, donc on y retrouve le Capitalisme avec sa logique "irrationnelle", mais aussi la dimension socratique du délire : « des biens qui nous échoient, les plus grands sont ceux qui nous viennent par le moyen d'un délire » « Les plus grands biens sont arrivés à la Grèce grâce à un délire » (''Phèdre'', 24,e je crois). Cette dernière dimension les algèbres de Heyting ne peuvent en rendre compte, mais j'y reviendrai dans une autre lettre.

Il se trouve qu'en fait vous n'avez pas opéré un élargissment de l'espace de vérité mais que par une sorte d'alchimie ou d'ésotérisme vous avez jointuré les vérités génériques aux vérités tacites.  Vous jouez alègrement de la
confusion entre vérités génériques (mathèmes) et vérités tacites (les résurrections pp. 85-87 de Logiques des mondes). Vous jouez par ailleurs de la double posture de celui qui est dans les discplines créatrices de vérités (vous êtes à la fois dramaturge, mathématicien, militant politique ou en avez la prétention (je pense aux incohérence que vous prétendez avoir résolu dans la théorie des ensembles) et du juge qui saisit les vérités d'une époque. Vous êtes donc à la fois juge et parti, philosophe et antiphilosophe.

Cordialement, Anthony

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Mon, 05 Mar 2007 12:58:44 +0100
La réponse à d'Alain Badiou à Anthony
Objet : Re : Vous êtes à la fois juge et parti K12

Juste un mot pour le moment, cher Anthony. Si vous dites "vérités tacites" et "vérités génériques", il faut bien que le mot commun à ces deux syntagmes, soit "vérité", ait un sens univoque quelconque. Sur ce point, je
suis platonicien ou socratique sans réserve. Ma doctrine des vérités enveloppe en effet les deux types, mais elle ne les fusionne aucunement. Il est clair notamment que les vérités artistiques et les vérités amoureuses
ont de grandes parts tacites, et sont construites tout à fait différemment des scientifiques. Notez par exemple la différence fondamentale des numéricités (pour l'amour: 1-2-l'infini; pour la politique: infini
1-infini-2, 1). Je maintiens donc et le concept commun, et l'écart irréductible. C'est plutôt de votre côté qu'est la confusion, me semble-t-il, car il est tout à fait impossible de savoir ce que vous nommez "vérité". Et je crois bien que, comme Deleuze le prétend s'agissant de sa propre entreprise, vous n'en avez réellement aucune idée claire.
La suite peut-être bientôt.
Amicalement,
A.B.
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G
Je vous remercie pour votre réponse rapide. Et, comme vous me le proposez, j'accepte votre offre de me communiquer le mail en question.Cordialement.
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A
<br /> mais de rien ;)<br /> <br /> <br />
G
Je vous remercie pour votre réponse rapide. Et, comme vous me le proposez, j'accepte votre offre de me communiquer le mail en question.Cordialement.
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W
<br /> Le mail est abadiou@free.fr, j'efface ensuite :)<br /> <br /> <br />
G
1) Deleuze parle d'événements et de processus de rationalisation, mais non pas de vérités. Quel est l'intérêt de revenir à la notion de vérité ? Ne peut-on pas être saisi par un événement puis reconnaître, ensuite, qu'on s'était trompé ?2) En quoi les vérités, selon vous, sont éternelles et universelles ? Un même événement ne peut-il pas donner lieu à des processus de rationalisation différents, contradictoires, voire opposés ?3) Dans le cadre de votre pensée, n'est-il pas difficile de dire que les religions ne produisent pas de vérités ? Votre livre "Paul et la fondation de l'universalisme" ne permet-il pas de penser le contraire ?Je ne suis pas un "habitué" de la philosophie, aussi vous me pardonnerez ces questions qui sont peut-être à côté de la plaque...
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A
<br /> 1°) Il existe des systèmes ouverts tournés vers les circonstances comme pour Deleuze et des systèmes refermés sur les vérités. Ce que ces systèmes ne parviennent pas à capturer, à mettre en mots,<br /> il le nomme événement, mais l'événement surtout quand il est bruyant est ce qui excède le corps, sa capacité à agir et le prend par surprise. Mais on peut tout à fait négliger les systèmes<br /> métaphysiques qui comporte de l'événement, car ces événements sont bruyants plutôt que d'arriver à patte de fourmis. C'est pourquoi il n'y a pas de repentir à avoir dés lors qu'on est saisi par un<br /> événement, par un fait destabilisateur.<br /> <br /> 2°) Les vérités n'ont rien d'universelles ou d'éternelles ; elles rentrent dans un registre de pensée, une façon de penser plus ou moins rigoureuse qui est avant tout une fiction qui pari sur la<br /> réalité. Suivant le pari que l'on fait on a les avantages et les désavantages qui en découle (dans le cas de Badiou c'est "la précarité des vérités" avant que leur espace sous le jeu d'une illusion<br /> prenne de l'ampleur.<br /> Le processus de rationalisation est déjà l'un de ces registres de pensée. Mais ce processus qui vise à établir la connaissance universelle part en fait d'un sommeil de la Rasoin, des trois rêves<br /> qu'a fait Descartes le 11 novembre 1619. La rigueur avec laquelle on pose sa manière de penser varie suivant la prise en compte ou non du prinicpe de raison suffisante, le principe de<br /> non-contradiction ou le principe du tiers exclu. Mais depuis Platon tous ceux qui se placent sous ces principes visent la moindre action et soumette tout à la hiérarchie. On peut dès lors que l'on<br /> vise l'action, la mise en oeuvre d'un bouillonement culturel et d'éducation, se contredire suivant si on est dans une période de grande énergie et de dynamique ou un moment où l'énergie accumulée<br /> s'épuise. C'est cela qui conditionne avant tout notre façon de penser. Chercher la contradiction ou l'opposition est de l'ordre de la vengeance, de l'esprit retors, si une pensée ou une manière de<br /> penser est assez dorte alors elle salue même les pensée plus restreintes ou crépusculair comme celle de Badiou par exemple.<br /> <br /> 3°) Vous ne vous vous adressez pas à Alain Badiou. Mais je peux vous donnez son mail, si vous écrivez à la suite de cette réponse.<br /> <br /> <br />