La Philosophie à Paris

AFFECTIF ET PERSONNALITE / La puissance d'exister de Michel Onfray

17 Novembre 2006, 11:24am

Publié par Anthony

  1. Ce long texte fait suite la lecture du dernier livre de Michel Onfray, le bestseller en partie auto-biographique, La puissance d'exister. Paris8philo

 

 

 

Commençons avec un peu de mauvaise foi, face à cette essai qui débute sur une préface autobiographique fort touchante, mais c'est avant tout un manifeste hédoniste qui récapitule ses trente précédents livres. On peut ensuite, en toute mauvaise fois quant à notre insistance, commencer à taper sur ce point : Onfray n’est pas un nietzschéen de gauche, comme s'il s'en réclame, car on ne peut être nietzschéen et de gauche, ni de droite non plus. Mais il fait passer un message rassurant pour la masse, le peuple. « il suffit de suivre les enseignements de Saint-Paul pour être philosophe », excusez-moi je voulais dire ceux d'Onfray. Soyez rebelle par rapport à ce rebelle trop reconnu. Il a du bon, il tape sur l’Eglise, déjà un peu morte, il tape sur l’historiographie déjà . Mais s’il s’était attaqué au vrai problème, à l’Etat là il serait censuré. Ca n’est pas pour faire anarchiste à deux balles que je dis ça, mais de Marx aux anarcho-libéraux comme Hayek, en passant par leur synthèse que fait Jacques Attali (article à venir), tous parle du déperissement de l'Etat, les penseurs les plus récents parlant d'un remplacement par les compagnies d'assurance. L’Etat n’a pas à être sauver. C’est tragique de dire ça. Mais suaver n'est pas une attitude créatrice pour une époque. Sauver l'Etat ne résout rien et, qui plus est, il y a une puissance conservatrice dans l’Etat. C'est peut-être dur à entendre, comme nous l'avons montrer dans une courte citation d'André Gorz, c'est dans les collectivités que cela se joue. Avec l’Etat même son nom le dit, on est statique, plus qu’on ne bouge. Il n’y a pas de mal à ce que l’Etat disparaisse, à ce que les services publics aussi, il faut s’y préparer car sinon c’est le seul profit qui va remplacer tout cela. Oui l’université va dépérir, soit parce que l’Etat ne la financera plus, soit parce qu’on exigera trop des professeurs et qu’il ne pourront plus faire de recherche, il suffit de voir en période de soutenance (c’est-à-dire de reconnaissance et validation par la société) combien les profs sont surmenés. Le rendement, fruit du profit, les terrassent petit à petit. A l’opposé, l’amour du métier, je le vois à plein d’endroits, chez des artisans, chez des professions libérales, mais ce sont pleins de minorités éparses qui ne parviennent à faire entendre leur voix, qui s’en remettent à celles des socialistes ou de Bayrou. Mais cela ne vont pas dans leur sens, ils sont conservateurs de morale (pensez aux polos Lacoste avec lesquels Ségolène habille ses enfants). Tout ça pour dire aussi que la majorité c’est un fantasme, c’est un couvercle qui tient étouffé les minorités, les sans-voix qui pourtant produisent un murmure un peu partout. Remarquez comme la parole se libère pendant les grandes manifestation, et puis après c’est la train-train qui reprend le dessus, on ne parle plus à son voisin. Lui dire quoi ? des banalités ? (lire LA RICHESSE Ce quelque chose de plus intime dont il est question)

 

 

 

Un système à double dimension pour l’individu et la communauté

Quelque part sans trop développer, Michel Onfray saisit qu’il y ait des génies comme « Héraclite, Empédocle par exemple » _74, mais il pose au fond, en bon professeur populaire une morale pour tous, à la manière d’Epicure. Il y a toujours deux dimensions chez lui, l’une qui passe par une pratique existentielle, une vie philosophique qui assume son corps, ce qu’il appelle sagesse, et une autre qui admet des hapax, ce que Sancho appelle des délires ou des ivresses. Nous développons ce qu’est un hapax juste après. Tel est son système _81-84. Ceci peut se dire autrement. Du côté de la génialité, Michel Onfray conçoit Deleuze et Foucault comme des têtes de pont, mais il ne les comprend pas parce qu’il en reste à son matérialisme, à ses antiquités louables mais trop confortables : elles invitent à une trop grande sagesse, à une sérénité. Mais il faut liquider le matérialisme, car avec lui vous liquider son frère jumeau, l’idéalisme ou le spiritualisme. Ce sont toujours de trop grandes choses que ces termes de matérialisme et de spiritualisme, des signes de reconnaissance pour une communauté.  

 

Qu’est-ce qu’un happax, un événement en philosophie ?  

Qu’est-ce qu’un happax, cette singularité pour laquelle (Saint-)Augusitn parlerait de conversion et scène de visitation d’une présence ?

 

« Dans un moment précis de la vie d’un philosophe, en un lieu déterminé, à une heure repérable, quelque chose – le je ne sais quoi de Benito Feijoo – a lieu qui résout contradiction et tensions accumulées précédemment dans un corps. La chair enregistre cet ébranlement, la physiologie le montre : transpiration, pleurs, sanglots, tremblement, suspension de la conscience, abolition du temps, abattement physique, libérations vitales. Après cette mystique païenne suite aux transes du corps, le philosophe effectue un nombre de variations considérable sur ce matériau accumulé. Généalogie de l’œuvre…  

Des exemples ? Ils abondent… Quand les philosophes se sont un tant soit peu confiés, que la correspondance témoigne, qu’une biographie consigne l’événement, on trouve ce genre d’ébranlement dans leur existence. Non pas quand leur grand œuvre est écrit et que l’essentiel de leur production se trouve derrière eux, non à l’origine, avant, de manière généalogique. Cet éclair, dans lequel se manifeste le destin en puissance, trouble, troue, perce, abat, assassine et dope » -69

 

Pas d’autre, pas de morale. Alors soyons immoraux.  
Le soyons immoraux, Onfray ne le dit pas preuve qu’il n’est pas nietzschéen totalement et que la chose est impossible, même si comme il l’entend, on peut penser à partir de lui, par sa lecture. Mais la chose morale se précise, se fixe avec Onfray alors qu'avec Nietzsche, elle est disséquée, malmenée. Il pose ici la question de l'autre qui est absente chez Nietzsche, lui le si bon dialecticien, comme il s'en targuait parfois. « … l’hédonisme. Je mets souvent en avant cette maxime de Chamfort, car elle fonctionne en impératif catégorique hédoniste : jouis et fais jouir, sans faire de mal ni à toi ni à personne, voilà toute morale. Tout s’y trouve dit : jouissance de soi certes, mais aussi et surtout jouissance d’autrui, car sans elle au cune éthique n’est pensable puisque seul le statut de l’autre la définit en tant que telle. Pas d’autre – comme chez le marquis de Sade, pas de morale… ». Pas d’autre, pas de morale. Alors soyons immoraux, arrêtons de nous donner un genre avec l’autre, c’est parce qu’il y a autre, qu’il y a racisme, mais pour prendre le contre-pied, c’est parce qu’on pense en termes d’intensités qu’on ne voit plus l’autre et que l’on en a donc pas peur. Onfray ne sait pas combien il est dans un régime de pensée platonicien dès qu’il parle de l’autre. La conscience de l’autre une belle foutaise. Ce qui est étranger ce sont bien les corps allo-gène, ce qui veut dire, traduit du grec, qui se donne un genre de l’autre.

 

 

 

 

 

 

Un matérialiste  

Est matérialiste le « penseur qui affirme le monde réductible à un pur et simple agencement de matière » _79, il y a plus que ça il y a des énergies, des forces qui subvertissent l’ordre cristallin de la matière et des atomes, même si Onfray peut dire que « sa matière engrange des énergies considérables » _71. Ce qu’opère Onfray c’est une sereine simplification. Tout est dit dans cette simple phrase : « le matérialisme conduit à la sérénité » OnfPE_197. Car Onfray, le matérialiste hédoniste, comme Badiou, le matérialiste dialecticien, dénoncent l’époque comme nihiliste sans en relever les positivités, par leur matérialisme qui pose la sérénité (chez Badiou qui porte sur « une vie qui est digne d’être vécue », c’est la même chose), par leur matérialisme qui ne saisit les nouveauté mais réincorpore les vertus, il reconduise le nihilisme ambiant. En désignant l’Etre comme inconsistant (ce qu’il nomme l’indifférenciation ontologique un individu valant pour un autre) et en s’en détachant, Badiou méprise la vie. Il en va de même pour Onfray qui nous ressert une morale, reconduit un statisme aux valeurs alternatives  et tant pis si ma pensée passe pour tortueuse dans son chemin. Ce que l’on peut dire c’est qu’Onfray semble enfin se jeter à l’eau, se mettre dans une posture tragique quand il dit « je souhaite plut^to arrimer mon travail à ce qui manque encore dans les histoires de l’anarchisme publiées ces temps-ci : celles qui intègre mai 68 et la suite. … ainsi faut-il reconsidérer Henri Lefebvre et sa Critique de la vie quotidienne, relire le Traité de savoir vire à l’usage des jeunes génération de Raoul Vaneigem, reprendre surveiller et punir de Foucault et Mille Plateaux de Deleuze et Guattari ou bien Empire de Michael Hardt et Toni Negri. » _218. Mais s’y arrimera-t-il ou se jettera-t-il dedans lui qui a écrit trente livre et à déjà la reconnaissance ? Un jour peut-être son matérialisme s’occupera-t-il de processus, de devenir. Onfray est une philosophe qui produit du peuple et non des génies. Mais louons ce peuple, il vaut mieux qu’un autre, louons sa défense de Pierre Bourdieu _206, à l’enfance si proche de la sienne _15+.

 

 

 

Le frein d’Onfray 

Le frein d’Onfray (comme celui de Sancho) se situe là, dans l’humanité : « l’humanité d’un individu se définit dans la triple possibilité conjointe d’une conscience de soi, d’une conscience des autres, d’une conscience du monde » OnfPE_193. L’humanité, l’humanisme une manière au fond de rejeter le nouveau comme bizarre, demandez-leur ce qu’ils pensent de Sade, qui au fond dénonçait et payait pour les perversions des autres. On peut aussi appeler cette humanisme, personnalisme, individualisme qui dans le cas d’Onfray est anarchiste. C’est dans l’inconscient, qui se partage que tout se joue non dans un inconscient. Mais, précision, au-delà de ce que dit Onfray l’inconscient n’est en rien historique même s’il peut comme chez Deleuze délirer sur l’histoire. C’est que cet inconscient dont nous parlons c’est une « nuée non-historique » au sens de Nietzsche, d’où partent des événements inattendus, comprenez non-historiques. On peut le voir comme collectif, parce que propre à la capacité d’énergie d’une époque.

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J
<br /> Je suis d'origine économiste, mais aussi de formation philosophique. J'aime beaucoup les travaux de Onfray parce que j'ai travaillé sur Freud, et sans le talent de Onfray, j'avais montré les<br /> non-sens de Freud dans son étude sur Léonard. Deux mots à ce propos : il déclare qu'il est heureux de s'intéresser au cas d'un génie après avoir vu tant de médiocres...Mais surtout l'usage de la<br /> déesse égyptienne MUT qui selon lui a impressionné Leonard dans sa relation avec sa mère MUTTER...Désolant : Léonard n'était pas allemand. Plus grave : on a découvert le nom de MUT qu'après les<br /> travaux de Champollion...Bref, pour en revenir à votre article, je voulais vous dire mon soutien dans votre exposé du rôle de l'Etat, comme la base même de notre économie "dite libérale". Il n'y<br /> a pas une seule multinationale qui ne fasse de l'argent autrement qu'avec l'Etat. Elles en deviennent d'ailleurs la substance et cela explique en bien des lieux la farce électorale. Mais vous<br /> avez vu juste : toucher à ce sujet est "mortel". Onfray le sait...soyez prudent vous aussi, je connais bien leurs méthodes...<br />
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S
<br /> L’APNÉISTE, LE GRILLON ET LE PHILOSOPHE... C’est toujours avec une certaine impatience (toutes proportions gardées) que j’attends la publication de la chronique mensuelle de Michel Onfray sur son<br /> site officiel. La dernière en date, intitulée JOUR DE FÊTE, n’a fait que me titiller davantage pour ce qui est des revendications athées du philosophe. Parmi ses affirmations toujours catégoriques,<br /> l’hédoniste d’Argentan nous dit le ridicule qu’il trouve dans la croyance aux signes venus d’un défunt. Je corrige ; non pas dans la croyance en de tels signes, mais dans l’hypothétique<br /> manifestation de tels signes. La phrase exacte étant : « Je ne crois pas aux signes venus d’un défunt, ce qui serait ridicule ». À la lecture de cette phrase, on se rend tout de suite compte de la<br /> triple interprétation qui peut en être donnée. – « Ridicule » la croyance en ces signes ? - « Ridicule », la manifestation de tels signes de la part de défunts ? Or, chacun sait que le ridicule ne<br /> tue pas... aussi, le fait que des défunts se ridiculisent de la sorte est pour le coup d’autant plus ridicule en plus d’être un parfait oxymore (si j’ose dire) ; ou enfin - « ridicule » le fait<br /> qu’un philosophe se déclarant athée, puisse être amené à croire en de telles calembredaines ? Une simple phrase comme celle-ci prête déjà à de multiples interprétations. Or, et un peu plus<br /> sérieusement, chacun sait que la vie elle-même, dans ses différentes formes, n’est pas moins sujette à différentes interprétations et visions des choses. Pour Michel Onfray, et comme chacun sait, «<br /> La mort emporte tout, tue tout, et rien ne subsiste de l’être qu’on a aimé [...] ». Quiconque ne se serait pas penché un peu sérieusement sur les écrits du philosophe serait tenté de conclure à sa<br /> « simplification métaphysique de l’existence ». Sans aucun doute, et comme le dit aussi l’intéressé, ne subsistent de l’être aimé que son image, ses simulacres et tous les souvenirs de nos<br /> existences mêlées que nous avons pu engranger. Mais la question se pose néanmoins. Toute vie n’est-elle réductible qu’à ces seuls simulacres ; aux seules apparences que nos existences déploient à<br /> travers l’espace, le temps et la matière, l’intervalle de quelques battements de cœur ? De telles affirmations pourraient trahir une conception simplificatrice pour ne pas dire simpliste des<br /> multiples possibilités de la matière. Or, Michel Onfray, ailleurs dans son œuvre, nous dit tout ce qu’il pense de cette matière ; de tout ce qu’elle peut au-delà des seules apparences qui ne sont<br /> que les limites de notre propre perception. Dans La Puissance d’exister, il suggère les infinies possibilités d’un corps et d’une chair qui ont encore tant à exprimer, à révéler et à faire vivre au<br /> travers d’ « [...] une chair vivante, fabuleuse, considérable, riche en potentialités, traversée par des forces encore inconnues, travaillées par des puissances encore inexploitées ». Et de<br /> poursuivre en parlant du corps : « Celui dont Spinoza écrit qu’on ne l’a pas encore assez sollicité, au point qu’on ignore encore ce qu’il peut, celui que Nietzsche nomme la grande raison, [...] ».<br /> (Lisez la suite sur le site des Naufragés de Dieu.). Sébastien Junca. http://les-naufrages-de-dieu.over-blog.fr<br /> <br /> <br />
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A
<br /> <br /> Oui si c'est pour me faire dire qu'Onfray n'est pas un épicurien, qu'il croit en la spiritualité, qu'il est un angoissé de la mort suite à ses infarctus de 1989 et 2004, qu'il a un crâne d'homme<br /> sur sa bibliothèque, qu'il est dans la reprise ou l'imitation qui pousse jusqu'à la plus haute puissance la dynamique "immanente" et non dans la création, il n'y a pas de difficulté à voir cela.<br /> La plupart des universitaires ne le comprennent pas car ne le lisent pas. Mais c'est avant tout un idéaliste matérialiste du monde passé et il est difficile de se sentir son contemporain.<br /> <br /> <br /> En somme, par son éducation chrétienne, On fray n'échappe pas à la vocation d'être un saint; il le dit très clairement. Ce qui est étrange pour un lecteur de Nietzsche mais excusable puisque ce<br /> dernier, par la pression de sa ère, se voulait être un prophète. Je ne veux être ni prophète, ni un saint, ni martyre (soit ce que les trois monothéismes ont fait de mieux avant même les<br /> guerres), simplement un tentateur.<br /> <br /> <br /> <br />
J
Aïe les fautes d'orthographe et les problèmes de syntaxe... De plus, ne prenez pas ce style péremptoire, Michel Onfray a de nombreux défauts mais il me semble tout de même avoir des connaissances plus assurées que vous en philosophie et de meilleurs aptitudes que vous à la philosophie et à la pensée en générale, en témoigne ces nombreuses phrases creuses et vides de sens que parsèment votre brouillon, je vous cite pour le plaisir, celle-ci m'a fait rire :"Quelque part sans trop développer, Michel Onfray saisit qu’il y ait des génies comme « Héraclite, Empédocle par exemple » _74, mais il pose au fond, en bon professeur populaire une morale pour tous, à la manière d’Epicure."Bonne continuation.
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J
les fotes d'hortaugraf, cé fé exprais?
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