013. Livrée B

  • Anthony Le Cazals
  • Thèse

400 à 699. — C’est avant tout d’une libération de la pensée dont il est question plus que de la conservation de la philosophie dans sa longue tradition. On peut voir combien cette tradition écarte sous l’idéal de sainteté la dimension du combat, sous l’idéal de l’oisiveté la dimension du métier plus que du travail, sous l’idéal ascétique les chocs inéluctables de l’existence, sous l’idéal d’immortalité l’éternité vécue et les coups de chances. C’est toute une langue qu’il faut alléger pour lui faire reprendre de la vitesse et délester la pensée de tous les absolus et autres casse-tête métaphysiques. Il faut la travailler, pointer l’effort en vue de certaines audaces, à la fois personnelles et impersonnelles, individuelles et collectives. Il s’agit alors d’éviter certains écueils et certaines impasses : les abstractions propres aux discours qui réfléchissent une condition anthropomorphique plus qu’ils ne pensent le dépassement de l’homme. Une pensée se laisse portée via l’impersonnel que sont les affects. Tout ce travail n’a pas encore été digéré et c’est davantage à un processus de brouillage ou d’acculturation auquel on a affaire. Et au-delà de ça, ce dont on souffre ce n’est pas de dissuasion ou de résignation mais de tenir compte de propositions qui n’ont aucun intérêt ; appelons-les casse-tête, faux-problèmes, propositions métaphysiques. Ce qui importe, c’est que soit toujours ressaisie la dimension dérangeante et terrible de celui qui ne plie pas quant à la promesse qu’il s’est donné, de celui qui ne cède pas sur son désir. En cela, il tient davantage de l’immoral que de l’incorruptible car toute morale est là pour contraindre un inférieur. Ce dérangeur, cet intempestif, ce taquin est là pour apporter de la lumière et du mouvement comme état irréductible et pourtant efficient qui ébrèche toutes les situations nauséabondes, empreintes de déclin. Ici il n’est pas question de sujet ou de conscience. Ce sont des fictions, des illusions qui naissent soit du doute et du solipsisme comme avec Descartes, par exemple le rêve au sens fort d’une « connaissance universelle », soit de la peur face à un danger comme le disait Nietzsche dans un aphorisme du Gai savoir NzGS°354. Ce dont il est question c’est d’une pensée collective mais peu commune, d’une pensée qui se fait à plusieurs parce qu’elle demande un effort considérable, bien différent de la réflexion que chacun peut pratiquer dans son coin. En Europe, on a préféré s’engourdir pour perpétuer l’Esprit, pensant tel Napoléon qu’avec le sabre il était la seule puissance. Penser n’est pas réfléchir.

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