124. La complexité, l’entrelacs de la vie et du travail est une simplicité enrichie.

  • Anthony Le Cazals
  • Thèse

Cet effort et cette autonomie par rapport aux déterminismes nous conduisent à une première distinction. Bergson est l’un des philosophes contemporains à s’être intéressé à la simplicité. Il faut de suite préciser que la simplicité va de pair avec la complexité mais s’oppose à ce qui est compliqué. Dit d’une autre façon, ce qui est complexe repose sur une simplicité mais n’est en rien compliqué. Complexe s’oppose alors à compliqué de la même manière que l’intuition réclame plus que l’intelligence, de la même manière que l’intuition n’est pas cette seule intelligence qui requiert l’imagination. Si on fait un usage de sa seule intelligence on obtient une pensée qui rend tout objectif mais aussi qui déprécie ce qui vit et travaille pour en faire une corruption. La seule intelligence mène au fixisme, à l’intellectualisme, aux abstractions car son usage consiste depuis toujours à découper et maîtriser la matière 431. L’intelligence rend les hommes habiles qui, s’ils ne s’arment pas d’outils, sont impropres à vivre et à défendre leur vie dans un environnement hostile.


La complexité n’est qu’une simplicité enrichie, une simplicité qui tient compte que nous sommes pris dès à présent dans une dynamique, et ce, quoi que nous fassions, et même si nous sommes dans une immobilité apparente — comme le « repos ». La simplicité s’oppose aux complications abstraites et fixistes de l’« âme » ou de la « structure ». Ce qui importe véritablement à la pensée, c’est de s’exercer — contre toute dialectique — au-delà de l’un et du multiple, tous deux abstraits. L’un et le multiple sont des concepts vides issus de la dialectique comme tous les concepts dialectiques, ils vont par couples et s’opposent comme deux contraires. La critique de la pensée binaire et du discernement a été maintes fois menée, par exemple par Bergson BgPM_197 et par Nietzsche. Ce premier stade est celui de la simplicité qui s’attache aux personnes plus qu’aux subjectivités. Reste l’illusion d’avoir une personnalité : la personnalité est l’ensemble de notre vie intérieure, c’est le cours indivisé de nos états de conscience BgCours II_300. L'intériorité n'est que la longue inoculation de la mauvaise conscience par le prêtre. Quant à la personnalité ce n’est qu’un effet de simplicité : une personne fait l’effet d’être simple  BgMR_275:1195 . Il faut envisager une grille de lecture plus complexe comme nous la verrons avec Nietzsche 130 ou encore avec la théorie de la hiérarchie chez les rats 326.


Se complexifier, c’est s’enrichir, c’est se rendre apte à un plus grand nombre de choses plutôt que de se focaliser sur le seul profit ou les problèmes purement théoriques. À être obnubilé par des questions abstraites ou seulement financières, on en oublie que les théories comme la finance sont limitées dans leur envergure. Spéculations théoriques et financières ne peuvent pas s’occuper des problèmes de notre temps et les faire disparaître. Ces spéculations  accentuent au contraire les travers de l’époque par les bulles et les vides qu’elles génèrent. Nous ne développerons pas ici : l’éclatement des bulles financières est le fruit et l’artéfact d’un changement monétaire en coulisse tout comme l’effondrement des modèles spéculatifs qui ne résistent pas à l’inéluctable. Ces chocs, tout comme l’échec de l’expédition de Sicile pour Athènes, produisent l’enlisement plutôt qu’une recrudescence d’énergie. Ces chocs favorisent l’éclosion de pensées décadentes, comme l’explosion du volcan de Santorin et le raz-de-marée destructeur pour la Crête antique firent des derniers Minoens des adorateurs de la mort et des anthropophages. La crise ne se distingue même plus de la lyse. C’est l’importance de la valeur et non plus la  vérité des discours que l’on touche là. Derrière cela c’est la question de l’investissement de l’énergie dans toutes les initiatives : créance et monnaie fiduciaire 712. Mais les complexes militaro-industriels et les faux-problèmes théoriques ne disparaîtront pas. Complexifier la réalité et enrichir la vie consistent à savoir trouver les positivités de chacune des situations et à s’activer en fonction d’elles. C’est de cette manière. Que se renversent les situations « de fait » à l’exemple de la Révolution numérique et infromatique qui nous fait passer de la représentation étatique — avec sa raison et son temps —, à l’affection nétique 816. La politique ne peut plus se pratiquer de la même manière, elle mute en une politique de la contribution 816 plus que de la domination ou de la coercition institutionnelle. Preuve que la technique est ce qui modifie durablement les rapports de pouvoir. Il ne faut pas voir cette « révolution » issue de la physique quantique comme un progrès mais comme de nouvelles potentialités qui nous sont offertes.

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