702. Le neutre ou le dehors où les forces s'affrontent.

  • Anthony Le Cazals
  • Thèse

/Ami(e)s lecteurs, désolé d'encombrer votre mailbox, le mail est parti avant que je ne le retienne, on a mis en ligne ce week-end plus de deux cents articles sans que vous vous en aperceviez et on continue en espérant vous causer le minimum de désagrément. J'espère que vous ne vous désinscrirez pas de la newsletter, cet article est en effet pas le plus long. Merci de votre compréhension. Anthony Le Cazals/

 

Par cette brèche entrouverte, on tombe dans une position du langage qui se nomme le neutre. Le neutre, ce dehors où les forces s'affrontent, se retrouve déjà chez Barthes depuis Le degré zéro de l’écriture où la neutralité est posée contre la structure de la signifiance. C’est le neutre que développera Blanchot dans l’entretien infini et que Foucault reprendra dans la pensée du Dehors, cette pensée sans subjectivité. C’est aussi le neutre issu de la délibération entre citoyens chez Détienne ou dans l’usage des algorithmes qui n’est ni de l’ordre de la Terre ni de celui du ciel chez Desanti, indépendamment de toute idéalité, de toute irréalité. C’est une quasi-idéalité, un quasi-transcendantal. C’est la nature du langage, l’être du langage comme grand murmure anonyme DzF_63. Tout ceci est énoncé afin de rompre le processus d’acculturation qui s’amorça avec Badiou comme chef de file. Jean-Pierre Faye de son côté insiste sur la zone neutre. Les livres de Faye auxquels je renvoie sont Langages totalitaires, Introduction aux langages totalitaires et Le langage meurtrier. La zone neutre FayIL_237-239 est décrite aussi comme le corridor qui entourait les camps de concentration, c'est, si j’extrapole, l'espace où se combat le fascisme quand celui-ci emprisonne les existences. C'est depuis le neutre de Barthes dans Le degré zéro de l’écriture jusqu'aux mentions de l'espace où l'analyse de linéaments (Schizoanalyse) se dépasse et parvient à des ressorts effectifs du langage comme dans Mille Plateaux. Le neutre est souvent pris dans une écriture baroque : c’est l’automate spirituel dans la dramatisation deleuzienne où toutes les explications semblent aller de source dans leur distinction obscure, c’est encore la Zone du Dehors chez Alain Damasio, autre deleuzo-foucaldien. C'est l’« être du langage comme grand murmure anonyme DzF_63, puisque le fascisme a avant tout des ressorts langagiers et la voix hystérique de Hitler que Heidegger n'avait pas entendue. La zone neutre est cet espace où les forces sont directement en confrontation (oppression/libération), ce que Nietzsche nomme la « sphère de création » et de destruction, les lieux où les articulations du langage sont elles-mêmes en combat avec le fascisme, la pulsion de l'ordre totalitaire quelle qu’en soit l'expression. Toujours selon une métaphysique de la différence : la langue est ce muscle fragile et flexible, attaché sur les bords du visage d'homme et capable d'articuler matériellement, comme monde, les différences des choses FayIL_238. Cette définition vaut pour les deux aspects latins de la langue.

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