733. Du genre concret au genre abstrait.

  • Anthony Le Cazals
  • Thèse

Chez les Grecs antiques, ce genre hérité constitue un mode d'organisation tant au niveau de la société, genre concret, qu’au niveau de la pensée, genre abstrait. La lignée, la famille, le « genre hérité » se nommait genos chez les Grecs. On retrouve cela dans différents champs sémantiques comme gène, généalogie ou générique. Pour les Grecs, rien n'existe en dehors du genre, de la famille. Pour eux, rien ne peut s'exprimer en dehors d'un genos, sans appartenance à une lignée. D'où l’importance donnée à la menace d'ostracisme comme mise au ban de la cité, comme négation de la personnalité. Le Genre hérité est une forme d'éducation à la vérité. La catégorie de vérité est étroitement liée au genre comme lignée. Dans une lignée, trois générations, trois étapes se succèdent toujours : 1°) le principe obscur, 2°) l’endurance de ce principe par la descendance, par la filiation et enfin 3°) l'enregistrement dans les tables. Ce genos est donc lié à un régime de transmission et d'héritage. C'est sur ce point que l'on peut dire que l'appartenance à un genre est symbolique. Et ce d'autant plus que cette appartenance était déposée dans un symbolon — anneau qui pouvait être cassé en deux pour marquer une dette symbolique d'une famille envers une autre et se transmettre de génération en génération. Pensons à l'anneau de Gygès. Que les deux moitiés d'un anneau rompu puissent se recoller et marquer ainsi l'authenticité d'un pacte ou une dette contractée qui se transmet de génération en génération selon la lignée, cela se retrouvera avec le genre dialectique où les genres s'excluent tout en se complétant comme Mouvement et Repos, Même et Autre ou encore Féminin et Masculin. Il en est ainsi de la vérité déposée dans les symboles ou les mythes. Platon en donnera une variante avec les genres de la dialectique que l'on retrouve aussi chez Saussure quand il parle de Signifiant et de Signifié ou chez Lévi-Strauss. Ce type de pensée dite structuraliste obéit à un régime de l'homologie proche des genres chez Platon. Pour cette pensée, on parle d’axiomatique car elle part d’une hypothèse de base — axiome ou posture initiale — pour arriver à un principe anhypothétique à partir duquel le système se clôt et n’admet aucune nouveauté. Pour en revenir à l'étude d'Ivan Illich, ce qui fait la particularité du genre c'est qu'il repose sur un système tacite de complémentarités. Il existe dans les sociétés réparties en genres des tâches pour le genre féminin et des tâches pour le genre masculin. Cela touche aussi bien les sociétés pré-capitalistes que la construction des phrases. Le genre [comme lignée] est une donnée première. C’est aussi une donnée exigeant un complément ; il n’est jamais en soi complet IllGV_84. En cela tout genre, concret comme abstrait, nécessite un complémentaire et c’est cette complémentarité qui semble se dissoudre. Le genre comme lignée, comme famille souche s’est détaché dès l’origine du genre comme « catégorie » platonicienne.

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