915. Le principe de raison insatisfait(e).

  • Anthony Le Cazals
  • Thèse

Ce principe comme tous les principes n’a pas d’existence particulière, il n’existe pas mais comment s’en moquer autrement qu’en donnant une filiation comme rejeton du principe de raison suffisante. La suffisance est le long travail du miroir. Le résultat de ce que l’on s’est trop regardé l’intériorité du nombril, sans honte et sans culpabilité. Ou plutôt tout étant honte et culpabilité, il n’y avait pas lieu de tenir la conscience comme leur seule détentrice. Comme le rappelle Merleau-Ponty, lui-même, la conscience est aveugle aux affects qui surgissent entre les pensées. Si la conscience est aveugle c’est qu’elle est avant tout arrêt et par là illusion alors que les affects sont mouvement. La conscience repose sur un principe d’arrêt et de suffisance qui lui aussi est illusoire. Cela était voulu par la civilisation, oh pardon ! la domestication de l’homme par le langage et les institutions de l’Église puis de l’État, qui l’ont poussé à s’apitoyer sur son sort et à rejeter la puissance hors de la connaissance pour l’abâtardir. Produire des fulgurances, s’attacher aux affects, c’est avant tout penser. Mais, tout simplement est-ce le principe de raison qui demeure insatisfait ? La suffisance de la réflexion n’est plus nécessaire comme si la pensée via la notation mettait à jour les pensées restées les plus inaperçues en ce qu’elles ne relevaient pas de la suffisance d’une conscience ni de la balourdise des liens de causalité. L’humanité dans l’indifférence a franchi une étape et s’est dissoute elle-même. C’est ce qui autorise Merleau-Ponty à penser que la neutralité ou l’indifférence à l’égard du monde a pour conséquence que l’on manque le transcendantal, autre nom pour désigner ce qui est gouverné par le régime du principe de raison suffisante. Parce que dans l’intervalle laissé par les idées impuissantes, les affects porteurs de pensées se sont glissés. Ceci s’est surtout vu dans les métiers car ils demeurent les plus grands pourvoyeurs d’expériences nouvelles et donc de mots nouveaux, c’est-à-dire d’opportunités. Les philosophes se maintiennent le plus souvent à distance de l’activité, refermant la béance. Ils ont plein de petites raisons à cela. Il leur est difficile de ne pas voir que c’est dans le métier notamment que l’on s’accomplit. L’homme qui aime son métier est un homme heureux, il n’y a pas de quête à avoir, avec l’insatisfaction et la jubilation, l’hyperbole526 se fait de suite. Par ailleurs, il n’y a pas de supériorité, c’est un vieux leurre de l’éducation ecclésiale, il y a des gens qui sont plus ou moins en avance mais cela est à refaire pour chaque génération. Il n’y a que la souveraineté pour poser l’urgence d’une hiérarchie des besoins et donc pour canaliser le gaspillage de forces vers l’utilité du moment. La vie est davantage une question de sensibilité et d’affectivité que de supériorité, c’est là toute la concurrence entre les créateurs et les hommes supérieurs voir Création et peuple. On parle alors, avec tous les travers de la supériorité, de plus ou moins haute définition. Mais là encore, c’est une affaire de ce que les créateurs sont capables de traverser comme affects tristes pour rendre compte de leurs débouchés joyeux, de leurs « nouveautés » comprenez de leurs découvertes qui en même temps les rendent autonomes. Dans le discours de la supériorité on dirait que ces découvertes les ont rendus maîtres alors qu’ils ne sont point maîtres des affects qui peuvent les assaillir. Les dominent-ils vraiment ? Qu’importe puisque tout le jeu consiste à savoir embrayer sur eux et à retourner les affects en puissance, les échecs en chance 829. Le talent et le génie consistent en un pas mêlé à faire que d’autres ressentent non les même états d’intériorité ce qu’était l’expressionnisme voire l’impressionnisme mais ressentent le même retournement et le même déblocage cathartique, ce qui était l’une des réussites des tragédies. On peut le voir dans le public au nombre de vieillards morts de tension nerveuse produite ou aux femmes enceintes, aucun ne parvenait à la catharsis, la tragédie accouchait d’une nouvelle génération. Sur ce point Nietzsche était jaloux d’Aristote pour faire croire que les Grecs n’allaient aux tragédies que pour entendre de beaux discours NzBM. Il y avait la passion du terrible, du dénouement de la tension. L’effet cathartique. Comme si la concentration du discours et non leur beauté avait un effet impulsif, à l’opposé de tout choc et de toute crispation.


Pour en revenir à l’absolu que les philosophes pensaient contempler jusqu’à ce qu’arrive Kant, on peut dire qu’il n’existe d’en soi que pour autant que l’on confonde la définition — par la connaissance — d’une chose avec son existence SchQR_37. En niant une chose en la généralisant on prétend qu’elle existe. C’est cela qu’a mis à jour par exemple Merleau-Ponty involontairement, dans son parcours interrompu de manière précoce dans son œuvre, une chance en fait pour nous car cela a fait apparaître les pensées brutes comme des pépites qui s’entrechoquent sans le lien de la causalité qui viendrait assurer la convenance discursive de la réception — le discours entendu. Ce furent des notes préparatoires qui se seraient transformées en un recueil de pensées comme avec Pascal. La grande œuvre de Pascal faite entièrement de la notation de pensées a donc eu la chance aussi de ne pas recouverte des idées chrétienne par l’écriture convenue.

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